Le monde moderne, efféminé et émotionnel, place la femme et le sexe au premier plan. Sous des centaines d’aspects différents, la femme et le sexe dominent les réseaux sociaux. Avec des milliers (des millions ?) de nouvelles photos et vidéos chaque jour, les femmes s’exhibent et exhibent leurs corps, afin de capter le regard et d’attirer l’attention, et intoxiquer chaque aspect de notre psyché masculine. Le sexe, aujourd’hui, imprègne la société partout et tout le temps, le sexe est un centre de gravité qui exerce une force si puissante et si constante qu’on en oublie presque l’existence. La « tonalité de fond » de notre société est celle d’un érotisme latent, d’une excitation sexuelle diffuse et chronique, continue, incessante, et (presque) totalement déconnectée de toute satisfaction physique concrète.
Cette importance déterminante accordée à la sphère sexuelle n’est pas seulement le fruit de la « révolution sexuelle » ou de la « libération sexuelle », ni même un simple effet du développement exponentiel des smartphones et des applications qui modifient en profondeur les équilibres du marché sexuel (Tinder, Onlyfans, Instagram, etc…) ; mais la manifestation d’une force métaphysique plus profonde, plus « souterraine », qui exerce sa tendance régressive sur la sexualité elle-même.
Les « progressistes », gauchistes et/ou féministes, accordent au sexe et à la sexualité une attention sans précédent, mais souvent pour n’en aborder que les aspects les plus triviaux, les plus dégénérés, et les plus « ambigus ». Lisez n’importe quel texte moderne, écoutez n’importe quelle « opinion » ou « analyse », et vous trouverez systématiquement les idées suivantes : « déconstruction » des « normes sociales » et du « désir masculin » ; sexualité comme « champ d’autonomie » et « d’empowerment » ; « Male Gaze » et « objectification » du corps des femmes ; concepts « d’agentivité » et de « consentement » ; « fétichisme racial » ; « intersectionnalité » ; « visibilité des sexualités lesbiennes et bisexuelles » ; « hétéronormativité » ; « réappropriation du corps », etc…
Le monde moderne a envahi le domaine sexuel et l’a inondé, conquis, déformé avec des concepts politiques progressistes, en cherchant à « politiser l’éros », c’est-à-dire à faire prédominer des éléments de « démocratie », « d’égalité », de promiscuité et de décadence dans la sexualité humaine. Les modernes ont trouvé ici un moyen de poursuivre dans le domaine sexuel l’attaque qu’ils ont mené dans les autres domaines de l’existence, contre les idéaux, les principes et les structures de toutes les formes supérieures de civilisation. Le Kali-Yuga provoque la destruction de tout, y compris du sexe lui-même.
Face à cette tendance destructrice, et dans le but de proposer une sorte de « contre-révolution sexuelle », pour restaurer la sexualité à sa noble place naturelle, il convient de revenir en détail sur certains aspects de la « révolution sexuelle » initiale, pour mieux cerner en quoi ce qu’on nomme la « libération sexuelle » n’est en réalité qu’une dégradation du sexe.
Le premier élément fondamental de la conception « moderne » du sexe qu’il convient à tout prix de rejeter catégoriquement et d’oublier définitivement est celui de la conception « psychanalytique » du sexe, c’est-à-dire l’ensemble des conceptions de Freud − fondateur de la psychanalyse − relatives aux structures de la vie psychique consciente et inconsciente, en particulier la théorie du développement instinctif et affectif de l’enfant. Selon le « freudisme », le sexe constitue une force motrice prédominante et décisive chez les êtres humains (ce qui est vrai). Ce qui est faux, en revanche, c’est cette idée centrale très présente chez les psychanalystes et les freudiens selon laquelle la pulsion sexuelle est à l’œuvre dès la petite enfance et qu’elle peut prendre pour objet le père ou la mère. A partir de cette tendance, les hommes et les femmes ne feraient ensuite que s’identifier, soit à leur père (en étant hostile envers leur mère), soit à leur mère (en étant hostile envers leur père). C’est le complexe d’Œdipe : Freud soutient que l’enfant éprouve un désir inconscient pour le parent du sexe opposé et une hostilité envers le parent du même sexe (vu comme un rival). Selon cette idée extrêmement contestable (et extrêmement juive, d’ailleurs), nous aurions tous un « complexe » dont découlent deux attitudes fondamentales, deux conceptions de la vie et du sexe radicalement opposées.
Il y aurait d’un côté tout ce qui est associé au « père » (ou au « patriarcat » au sens large) : le droit, l’autoritarisme politique, le conservatisme sociologique ou sociétal, la méfiance, la prudence, la rigueur, l’intolérance sexuelle, la distinction sexuelle stricte et rigide, la restriction à la liberté des femmes, l’idée de l’infériorité féminine, l’ascétisme, la condamnation du plaisir sexuel. Et il y aurait d’un autre côté tout ce qui est associé à la « mère » (ou au « matriarcat » au sens large) : l’interaction sociale, l’échange, la démocratie politique, le progressisme sociologique ou sociétal, la tolérance en matière sexuelle, la minimisation de la distinction entre les sexes, la primauté accordée à la liberté des femmes, l’hédonisme, le plaisir, la spontanéité.
Il va sans dire qu’un nombre considérable d’hommes et de femmes (pour ne pas dire la totalité des gens) adoptent plus ou moins cette « distinction » dans leurs conceptions du sexe, consciemment ou non. Les femmes modernes, notamment – bien qu’elles soient incapables de le formuler clairement – sont toutes intoxiquées de conceptions « psychanalisantes ». La majorité des femmes consulte d’ailleurs des « psychiatres » et « psychologues », et ont donc l’esprit totalement et définitivement ravagé par des conceptions ineptes qui les détruisent à vie. (J’écrirai un jour un article sur les dangers de la psychanalyse, mais ce n’est pas mon sujet ici). En synthèse, les femmes (et les hommes modernes) associent le « bien » à tout ce qui est « matriarcal » (progressisme, démocratie, tolérance) et associent le « mal » à tout ce qui est « patriarcal » (autoritarisme, conservatisme, intolérance). En réalité, cette dichotomie, comme tout le reste des idées freudiennes, n’est qu’un ramassis de délire sémitico-hystérique à tendance pédophile dépourvu de toute base métaphysique solide.

En effet, le point de départ d’une réflexion sur la sexualité ne devrait pas prendre comme point d’origine la « sexualité infantile » (pour peu que cette expression ait un sens) comprise au sens « psychanalytique », c’est-à-dire l’homme et ses « complexes », mais la métaphysique telle qu’elle était entendue dans le monde traditionnel.
J’ai déjà commencé à définir ce que j’entends par « métaphysique des femmes » dans mon article consacré au dualisme Apollinien/Dionysiaque : à savoir qu’il est possible d’interpréter notre réalité au moyen de la coexistence de deux principes, de deux idées, de deux éléments opposés ou complémentaires l’un à l’autre. Le Ciel et la Terre, la forme et la matière, l’être et le devenir, l’éternel masculin et l’éternel féminin, ainsi que bien d’autres dualismes, doivent être conçus et pensés comme des principes transcendantaux, antérieurs et supérieurs à l’homme (cette conception de la métaphysique est abondamment développée par Julius Evola et René Guénon).
Appliqué au domaine de la sexualité, il convient ainsi de raisonner en termes de société androcratique ou gynécocratique ; en termes de pôle masculin ou de pôle féminin ; et non pas en termes de « complexe » sexuel développé dans l’enfance de chaque individu. Ainsi, le point de départ devrait être de partir de l’universel pour aller jusqu’à l’individuel, plutôt que de partir de l’individuel pour généraliser ensuite. Ou, pour le dire autrement, la restauration de la sexualité doit passer par la recherche des formes primordiales qui se manifestent à travers le sexe, plutôt que de considérer le sexe comme un fait purement physique à partir duquel on chercherait ensuite à attribuer des significations « psychologisantes », économiques, politiques, sociologiques, etc…
Pour cela, rien de mieux que de partir de la métaphysique aryenne la plus « pure » (c’est-à-dire, non-infectée par des conceptions « judaïsantes »), à savoir la métaphysique Hindoue. D’après ces sources, il y a dans la sexualité et les expériences sexuelles une énergie supra-individuelle, une force universelle qui se manifeste en chacun de nous (hommes et femmes). Je parle ici de la kuṇḍalinī, une énergie qui se situe à la racine de l’organisme humain (la base de la colonne vertébrale), qui est liée au sexe et à la fonction de reproduction, en tant que manifestation immanente de la « shakti » universelle chez l’être humain.
La shakti (que l’on peut traduire par « pouvoir », « puissance » ou « force ») est l’un des deux termes d’une « dyade métaphysique » : c’est une énergie vitale qui représente le « devenir » (aspect féminin), à l’opposé de « l’être » (aspect masculin : Shiva). Et cette distinction (entre Shakti et Shiva) est bien plus précise et complète que la distinction psychanalytique entre « matriarcal » (progressisme, démocratie, tolérance) et « patriarcal » (autoritarisme, conservatisme, intolérance). Dans la conception psychanalytique, qui est celle de la « révolution sexuelle », ce qui est matriarcal est associé à ce qui est « bien », et ce qui est « patriarcal » est associé à ce qui est « mal », ce qui est une pure opposition qui ne peut pas être résolue, en plus de n’avoir aucun sens, puisqu’on s’y retrouve obligé, contraint, de choisir entre une fausse dichotomie, à savoir le masculin OU le féminin. En réalité, comme le rappel l’enseignement traditionnel, une force primordiale se manifeste dans la sexualité sous la forme de deux pôles complémentaires d’une dyade : le principe « féminin » du devenir (shakti) et le principe masculin de l’être (Shiva). En synthèse, plutôt que de concevoir la sexualité comme une simple manifestation psychologique qui oppose masculin et féminin, il est préférable de concevoir la sexualité comme manifestation métaphysique dans laquelle masculin et féminin sont complémentaires, et non pas antagonistes.
C’est d’ailleurs en cela qu’on peut voir dans la libération sexuelle moderne le déchainement total de l’hypergamie féminine un déséquilibre, puisqu’ici, seul l’aspect féminin se manifeste dans la société, ignorant complètement l’action du pôle « masculin », Shiva, qui incarne la centralité et l’ordre « au-dessus » du niveau de la nature et ordonnant celle-ci.
Très concrètement, ce que je veux dire par là, c’est que la tendance masculine « restrictive » vis-à-vis de la sexualité féminine est nécessaire (comme l’est toute partie d’un dualisme). Dans l’orgasme, l’homme ressent que son impulsion sexuelle lui fait perdre le contrôle et le réduit à son aspect animal, le rapproche de la « nature » et du « devenir ». D’où le besoin légitime de préserver sa personnalité contre un abandon complet, passif et naturaliste au sexe, qui représenterait une altération et une dissolution. C’est l’aspect « apollinien » (le principe de la forme, de la lumière et de la transcendance) que je défendais dans mon précédent article, dans lequel l’homme exerce la « virilité transcendante » composé d’une présence intérieure stable qui polarise et éveille la femme, mais sans se dissoudre en elle ; que j’oppose à la force « dionysiaque » (la « transcendance passive » qu’il convient d’éviter).
Pour en revenir aux conceptions modernes de la révolution sexuelle et à l’interprétation moderne du sexe, les « progressistes » attachent souvent, comme évoqué plus haut, une connotation morale (de « bien » ou de « mal ») à ce qui est « matriarcal » ou « patriarcal » (et en définitive, à ce qui est « homme » ou « femme »). Ainsi, tout liberté sexuelle est matriarcale (et donc, « bien »), tandis que tout ce qui présente une liberté sexuelle limitée est patriarcal (et donc, « mal »). Comme je l’ai dit dans mon précédent article, dans le domaine sexuel, tout ce qui est féminin ou masculin ne doit absolument pas être abordé sous l’angle « bien » ou « mal » : « vrai » ou « faux » ; « raison » ou « tort ». Il convient – encore une fois ! – de revenir à une distinction bien plus traditionnelle qui est celle de l’équilibre et de la complémentarité entre le pôle masculin et le pôle féminin. Dans cette perspective, c’est tantôt le principe masculin qui prend le dessus sur le principe féminin (« aspect apollinien »), et tantôt, le principe féminin l’emporte et « absorbe » le principe masculin (« aspect dionysiaque »). (J’évoque ici bien sûr le « dionysiaque inférieur », qu’on retrouve par ailleurs représenté par la déesse Ishtar dans la région méditerranéenne, par la déesse Durga dans la tradition hindoue, et par la déesse Hathor-Sekhmet dans l’Égypte Antique, qui ont toutes en commun d’être des divinités antiques régissant le sexe, le plaisir et les orgies et qui étaient en même temps conçues comme des divinités de la mort et de la frénésie destructrice).

Illustration : « l’Apolloniade », guerre civile entre les jeunes hommes sensibles du Parti Apollinien et les barbares du Parti Dionysiaque, 2026. (@RealYamnaya figure en bas à droite, à même le sol, vaincu par mes sublimes arguments).
Une fois posée cette base, à savoir que la révolution sexuelle repose sur de fausses prémisses psychologisantes, il faut toutefois reconnaître que certaines idées modernes sur la sexualité ne sont pas dépourvues de fondement. Je pense en particulier à certaines vérités sur la sexualité qui ont été correctement conceptualisées par le monde moderne.
L’idée (chrétienne) que la sexualité serait par nature « honteuse », « impure » ou opposée à toute valeur spirituelle est, en définitive, une anomalie historique. Des peuples et des civilisations entiers ont ignoré cette « vision négative » — certaines civilisations du passé ont même reconnu un caractère sacré à l’érotisme. En ce sens, la critique du « puritanisme » qui dominait dans les années antérieures à la révolution sexuelle est fondée. On peut concevoir en effet qu’une certaine liberté des mœurs n’entraîne pas nécessairement la décadence des vertus supérieures chez certains individus.
Sur un grand nombre de questions d’ordre juridique, politique, ou même « pratique », je suis également prêt à reconnaître le bon sens et la valeur de certaines idées modernes sur la sexualité. Par exemple, qu’il est totalement inutile de se montrer « conservateur » dans le domaine du mariage et du divorce : dans la mesure où le « mariage » moderne n’a absolument plus aucune valeur métaphysique ou sacrée, je ne vois pas pourquoi on s’opposerai à l’existence du divorce. C’est mon côté franchement masculiniste, voir complètement « MGTOW ». Le mariage moderne n’est plus une Institution, c’est un simple contrat. Et comme tout contrat, il est tout autant logique de s’engager, que de le rompre. Pourquoi, alors, interdire le divorce ? Je pense également que l’avortement, le contrôle des naissances, est défendable « en principe » (même si ce sujet devrait faire l’objet d’un article à part, je ne développe pas davantage ici). Enfin, en ce qui concerne la prostitution – qui à en juger par l’activité en ligne d’un grand nombre de femmes modernes, semble être l’activité principale par défaut de la femme laissée à elle-même – elle est un fait de la nature humaine que toute société doit tolérer (mais pas encourager activement).
Toutefois, il faut maintenant apporter des précisions nécessaires, et arriver enfin à ce que j’entends par l’idée d’une « contre-révolution sexuelle ». Reconnaître la valeur d’une « liberté sexuelle », de la liberté du sexe, ce n’est pas la même chose que de s’y abandonner et de s’y livrer sans limites ni réserves ! Ce que les progressistes, gauchistes ou féministes admirent et défendent, ce n’est pas la sexualité dans sa plénitude, mais en réalité, un type précis de civilisation et de société : la société gynécocratique (ou « gynocentrée », dans le vocabulaire masculiniste), que l’on pourrait qualifier de société « aphroditéenne inférieure ». Ce qui caractérise notre société moderne, en effet, ce n’est pas une spiritualité érotique supérieure, mais une prédominance du principe féminin, un pacifisme et un égalitarisme de principe, une promiscuité égalitaire, et un refus de la transcendance au profit de la « vie simple » et des émotions humaines basiques (« moi », « mon confort », « mon quotidien », « mes droits », « mon plaisir », « mon Ego », « ma jouissance », etc…). Autrement dit, la révolution sexuelle moderne n’est pas une « libération de la sexualité pour tous » mais la dissolution du sexe dans une sorte de « naturalisme horizontal », qui est davantage une régression qu’un « progrès ». Pour le dire clairement, ce n’est pas parce qu’une civilisation a libéré le sexe qu’elle l’a compris — encore moins qu’elle a su en faire usage. La femme moderne est convaincue d’être libre sexuellement, et il semble presque impossible de lui faire comprendre que c’est en réalité tout le contraire.
Comprenons-nous bien : une « contre-révolution sexuelle » (si elle devait avoir lieu), ne serait absolument pas le « contraire » ou « l’inverse » de la révolution sexuelle, c’est-à-dire le retour d’une société « puritaine » qui rejetterait le sexe et en ferait un « tabou social ». Les sociétés et civilisations « patriarcales », martiales, hiérarchisées, héroïques, ne sont pas nécessairement puritaines et répressives sur le plan érotique. Nous pouvons créer une civilisation européenne et blanche marquée par la suprématie masculine la plus absolue, par un ethos guerrier, et par une forte hiérarchie des sexes. L’un ne contredit pas l’autre (et ce serait même plutôt le contraire, car les fantasmes des femmes, croyez-moi, gravitent davantage autour de la domination masculine, que de « l’égalité des partenaires », la « communication » et le « consentement »…). Nous pouvons trouver dans le passé des civilisations qui ont su faire coexister dans le passé des sociétés patriarcales et une grande liberté sexuelle. Dans la Rome de l’Antiquité, les romains accordaient une grande dignité aux femmes comme mères, épouses et matriarches, et la sexualité y était bien plus « libre » qu’aujourd’hui, contrairement à de nombreuses fausses conceptions historiques. Dans l’Inde Védique, la « voie du désir » coexistait harmonieusement avec la « voie de l’ascèse » et la « voie de l’action », chacune destinée à un type humain différent, sans que l’une de ces voies nie l’existence de l’autre. Là encore, pour être clair, la « sexophobie » et le puritanisme ne sont ni un corollaire ni une conséquence de la virilité et du patriarcat. Le « puritanisme bourgeois » de la France d’avant mai-68, par exemple, n’était que le produit d’une dégénérescence, d’une confusion de registres introduite principalement par le christianisme mal compris, et aggravée par la montée de la morale bourgeoise, mais n’était en aucun cas un sous-produit du « patriarcat » tel que l’entendent les féministes modernes.
Pour continuer sur le Christianisme, que j’attaque parfois bien trop souvent dans mon blog, (comme le Païen que je suis), je dois apporter quelques précisions complémentaires, afin de nuancer mes positions parfois trop radicales. Je ne reproche pas au christianisme d’avoir prôné la « voie de l’ascèse » — celle-ci est une voie légitime et même élevée, mais pour une minorité qui y est qualifiée et qui s’y engage délibérément. L’erreur fondamentale du christianisme européen a été d’universaliser une morale ascétique, c’est-à-dire d’imposer à l’ensemble de la société des normes qui ne valent que dans le cadre d’une discipline spirituelle particulière. Prenez par exemple les concepts religieux d’abstinence, de « mortification de la chair », de « péché », d’indissolubilité absolue du mariage : tout cela peut avoir un sens dans un cadre monastique ou initiatique. Appliqué à l’ensemble de la population, ça en devient une absurdité nuisible (et cela a été, à juste titre, dénoncé par les gauchistes). Ce n’est donc pas tant le Christianisme dans sa totalité qui est à blâmer, mais sa vulgarisation, ou plutôt, sa démocratisation à la totalité de la population d’Europe dans les siècles passés. Ça parait presque trop simple de le dire, mais par définition, une « initiation »… est réservée à des « initiés »…
Bref, vous l’aurez compris, la « contre-révolution sexuelle » ne trouve pas sa source dans un simple « esprit de contradiction » qui me donne envie de proposer le contraire de ce que propose la « révolution sexuelle », mais dans une volonté d’aller au-delà de ce que propose la conception moderne dans son ensemble. Il n’y a pas forcément besoin de remonter jusqu’à l’Antiquité pour trouver des sources d’inspirations et d’exemples positifs. Au Moyen-Âge, la société médiévale connaissait une liberté sexuelle considérable : la promiscuité des bains publics, les usages de l’hospitalité chevaleresque, les épopées courtoises où les femmes prenaient souvent l’initiative érotique sans que cela fût jugé « scandaleux ». Quant à l’« amour platonique », il faut en finir avec l’interprétation scolaire et édulcorée qui en a été donnée : il s’agissait souvent de formes d’initiation érotique à des dimensions inconnues de la simple sexualité charnelle — une voie vers quelque chose de plus haut, non une sublimation refoulée (c’est-à-dire une méthode Apollonienne). On peut également citer l’une de mes périodes préférées de l’histoire : le XVIIIe siècle européen, non pas en tant que « siècle des lumières », mais en tant que « siècle libertin » par excellence ! Casanova (1725-1798) incarne parfaitement l’homme de ce siècle, du point de vue de la sexualité et du rapport au sexe. En effet, si au XVIIIe siècle la liberté érotique était le privilège d’une classe (aristocratique), ce n’était pas seulement par hypocrisie sociale ou injustice arbitraire. C’était parce qu’une certaine liberté supérieure exige une formation intérieure, une maîtrise de soi, une distance intérieure que seul un type humain particulier peut posséder et cultiver. Ce n’est pas un accident de l’histoire — c’est une loi de nature.
C’est en cela que la « contre-révolution sexuelle » doit être celle qui prône une liberté sexuelle « aristocratique ». Ceci, afin de s’opposer à la conception moderne et égalitaire du sexe : revendiquer la liberté sexuelle comme un droit universel, la ranger parmi les « droits de la personne humaine » au même titre que la liberté de conscience ou d’association, la présenter comme une exigence démocratique et sociale — voilà une position non seulement fausse, mais activement dangereuse. Tout le monde n’a pas « droit au sexe ». Nietzsche parlait de ceci : la question n’est jamais la liberté de quelque chose — l’affranchissement des contraintes — mais la liberté pour quelque chose, c’est-à-dire l’usage que l’on fait de cette liberté. Paradoxalement, lorsque on retire aux hommes leurs limites et leurs contraintes, on leur retire également ce qui fait d’eux des hommes. Étendre la liberté érotique indistinctement à tous ne produit pas l’épanouissement — cela produit la dissolution, la trivialisation, une forme de bestialité confortable et de « luxure cool ».
Envisager la sexualité libre comme un remède à l’oisiveté, comme un facteur de sociabilité, comme le loisir d’une civilisation réconciliée avec ses instincts — c’est révéler, sans le vouloir, une conception profondément médiocre de l’érotisme. Réduire la sexualité à un bien de consommation partagé, c’est précisément ignorer ses dimensions les plus intenses, les plus périlleuses et les plus transcendantes — celles qui ne peuvent être approchées que par des êtres dotés d’une structure intérieure suffisamment solide pour ne pas y sombrer.
La « contre-révolution sexuelle » prône la véritable liberté sexuelle, c’est-à-dire la liberté par rapport au sexe comme condition de la liberté du sexe.
Une liberté érotique authentique — celle qui autorise la multiplicité des expériences sans jalousie possessive, sans dépendance, sans dissolution — n’est éthiquement défendable que si elle constitue, en réalité, une liberté par rapport au sexe. Autrement dit : si l’individu est réellement capable de diriger son potentiel érotique vers plusieurs êtres avec la même plénitude, sans en être possédé, sans y perdre son centre, c’est qu’il a surmonté la passivité qui accompagne ordinairement le désir et la passion. Il possède la sexualité ; il n’est est pas possédé par elle. À ce niveau, la liberté érotique est une forme de maîtrise active — et elle est alors pleinement légitime.
Mais il est évident qu’on ne peut attendre cela du commun des hommes et des femmes, en particulier considérant la piètre qualité des individus modernes. La plupart des gens ne peuvent même pas concevoir une telle idée. Elle n’appartient qu’à des cas exceptionnels, à des individus d’une constitution particulière, ou à ceux qui se sont imposé une discipline intérieure longue et rigoureuse.
Pour les femmes, les restrictions sont encore plus profondes, et je ne dis pas cela par mépris mais par observation. La nature féminine est telle qu’une expérience érotique intense tend à les absorber beaucoup plus complètement que les hommes. Il est donc bien plus rare de trouver chez elles ce niveau intérieur supérieur qui permettrait à la liberté sexuelle de correspondre à une liberté « par rapport » au sexe. Étendre à la femme, au nom d’une égalité « de principe », le même type de liberté sexuelle que l’homme peut parfois s’accorder sans se perdre, c’est risquer non pas son élévation, mais sa dissolution au sens littéral du terme.
Voilà ce que je veux dire, en définitive. Sous prétexte de libérer le sexe, on l’appauvrit. En voulant le rendre accessible à tous, naturel, « innocent » et socialement bénéfique, on le vide de sa profondeur, de sa force déstabilisatrice, de sa dimension sacrée et potentiellement initiatique. La vraie tradition — qu’il s’agisse de l’Inde, de Rome ou de la chevalerie médiévale — n’a jamais opposé l’érotisme à la virilité, ni la liberté des sens à la rigueur de l’âme. Elle les a articulés selon des voies distinctes, pour des types humains distincts, dans un ordre hiérarchique cohérent. La liberté sexuelle ne peut avoir lieu que dans une société hiérarchisée, et non dans une société égalitaire et paritaire.