Dans cet article, je réponds à une question que l’on m’a posé par message privé. Cette question est en réalité divisée en deux interrogations distinctes. (Les deux interrogations ont été synthétisées et anonymisées).
D’une part ; le concept « d’Amour » a-t-il été complètement « perverti » par le monde moderne, convient-il de renouer avec son sens traditionnel, ou faut-il complètement abandonner ce concept, cette idée ?
D’autre part, l’auteur de la question souhaite se « débarrasser » de ce concept d’Amour, de ce « délire romantico-érotique » (l’expression serait d’Evola), de ce qu’il appelle, finalement, la « pilule bleue », et se demande comment faire.
La question de l’Amour, de ce que l’on ressent, et de la façon dont on perçoit ce sentiment, cette émotion, est certainement l’un des plus vieux sujets abordés par la manosphère et la Red Pill en général.
Avant toute chose, il convient immédiatement d’opérer une distinction : l’amour n’est pas un sentiment ou une émotion unique. En réalité, il existe deux « amours » bien distincts. Les hommes et les femmes n’ont pas le même concept de l’amour, et que confondre les deux est la source de presque toute la souffrance masculine dans ce domaine. Il y a une conception « féminine » de l’amour, et une conception « masculine » de l’amour. Chaque sexe s’imagine que l’autre sexe « aime » comme lui, mais en réalité, une femme « n’aime » pas un homme comme un homme « aime » une femme, et réciproquement. Les hommes et les femmes ne s’aiment pas (ne ressentent pas « l’amour ») de la même manière l’un envers l’autre.
L’amour masculin est idéaliste. L’homme projette un amour inconditionnel, fixe, basé sur « l’être » de la femme. L’amour masculin est une construction de la femme, dans le sens où l’homme qui aime une femme voit non pas la femme telle qu’elle est, mais telle qu’il l’idéalise. Cet amour est ce qui est « vendu » dans les médias « pilule bleue » : l’amour réciproque et absolu, soutenu massivement par la culture pop, les médias, le romantisme moderne.
L’amour féminin est opportuniste. Une femme aimera un homme en fonction de ce qu’il représente à un instant T dans la hiérarchie de valeur des hommes sur le marché sexuel. Si cette valeur perçue diminue, le sentiment de la femme « s’ajuste » à l’image que l’homme renvoi. Ce n’est pas de la cruauté calculée — c’est de la biologie et de l’évolution (c’est-à-dire, très simplement, de l’hypergamie).
En synthèse, en matière d’amour, l’erreur qu’il faut éviter à tout prix consiste à croire que les hommes et les femmes partagent la même idée, la même vision, la même expérience, de ce qu’est l’amour.
En ce sens, l’amour est-il un concept « perverti » par le monde moderne, dont il faut tout oublier ?
En un mot : non. Il ne fait pas abandonner toute idée d’amour. Il faut, en revanche, abandonner les conceptions « pilule bleue » de l’amour, c’est-à-dire, comme je l’ai dit, l’idée qu’il s’agit de la même chose chez un homme et chez une femme. Une femme vous « aime », mais « à sa façon ». Cela ne veut pas dire qu’elle ne vous aime pas « dans l’absolu », mais, pour le dire différemment, qu’elle vous aime selon « une modalité féminine d’amour ».
Le problème n’est pas l’amour comme lien, comme sentiment, comme concept, comme engagement, comme construction. Le problème, c’est l’idée que l’amour féminin existe indépendamment de votre valeur sur le marché sexuel. Cette idée-là est effectivement une illusion, qu’il convient d’abandonner au plus vite.
Ce qu’on appelle « amour » dans le monde moderne est une idéologie « pilule bleue » davantage qu’une réalité effective de la nature humaine.
Ensuite, en ce qui concerne cette lutte personnelle avec le « délire romantico-érotique », c’est-à-dire, en somme, la persistance de la « pilule bleue », c’est précisément ce sur quoi il faut agir au moyen des outils de la praxéologie Red Pill.
L’amour – dans sa coneption « Pilule Bleue » – est en réalité non pas un véritable sentiment mais un attachement irrationnel à une femme idéalisée (ou à l’idée que l’on se fait de cette femme). Il s’agit davantage d’une projection du propre besoin masculin de validation que d’un sentiment.
Mais voici comment s’en débarasser réellement. Parce que, disons-le tout de suite, il ne suffit pas de « comprendre » la Red Pill pour « tuer » l’homme « pilule bleue » qu’il y a à l’intérieur de nous-même. Les raisonnements du mental ont une limite supérieure qu’il n’est pas possible de dépasser par l’auto-persuasion. Attention également à ne pas sombrer corps et âme dans la Black Pill (car la Black Pill n’est qu’une sorte de « Blue Pill inversée ») en ce qu’on remplace une illusion (l’attachement irrationnel à une femme idéalisée) par une autre (le nihilisme des relations, le fameux « It’s Over »). Le fait de rester « coincé » dans la Pilule Bleue est un problème d’ordre cognitif et passif. Je veux dire par là qu’on peut tout à fait s’auto-convaincre intellectuellement de la justesse de la praxéologie Red Pill, mais que si l’on ne change ni ses comportements ni ses actions réelles, on n’arrivera pas à franchir le pas. Ainsi, pour contrer un problème cognitif et passif, il faut de l’action et de l’abondance.
La solution à un problème théorique est ainsi d’ordre pratique : il faut approcher les femmes, les aborder, leur parler, et continuer encore et encore et encore… Plus vous parlez à des filles, pour vous « affinez » votre rapport aux femmes réelles, et moins vous idéalisez une femme en particulier. (Les femmes sont, dans l’immense et écrasante majorité des cas, des êtres sans personnalité très marquée. Elles sont intensément semblables entre elles, et seul celui qui a « pratiqué » un grand nombre de femmes peut le voir, parce qu’il ne se contente pas d’idéaliser les femmes, mais d’interagir avec un grand nombre d’entre elles quotidiennement).
La « fixation romantique », ou l’attachement idéalisée, n’est pas un problème de logique à résoudre, mais un problème de perception, c’est-à-dire de « rareté perçue ». Quand un homme n’a que peu ou pas d’interactions avec des femmes, il se surinvestit dans chaque rencontre. Le remède n’est pas une réflexion à mener, mais de multiplier les expériences réelles, développer des expériences concrètes et immédiates, et constater par l’expérience — non par la lecture — que l’objet de la fixation (la femme à laquelle on pense « en ce moment ») n’est pas… si exceptionnelle que ça.