Maitriser son mental et atteindre l’illumination.

Mon édito de rentrée consacré au maintien de l’attention a été positivement reçu, et je vous en remercie. Comme cela vous a plu, je me suis dit que j’allais donc aborder un élément complémentaire à l’attention, qui est le contrôle du mental, ou plus précisément, la prise de conscience de ce qu’il est. Cela fait en effet plusieurs articles déjà que je mentionne le « mental » sans définir précisément ce dont il s’agit, et ce qu’il est possible de faire. C’est ce que je souhaite aborder dans cet article. Je précise également, en introduction, et un peu pour m’excuser aussi, que le titre de cet article est bien évidemment « racoleur », car vous n’obtiendrez pas l’illumination simplement en lisant ceci. Mais vous aurez déjà quelques bases pour mieux vous comprendre vous-même intérieurement, ce qui vous place quand même au début de la voie de « l’éveil », c’est-à-dire au-dessus de 99,99% de la population. 

Dans cet article, que je souhaite clair, limpide et facile à lire, je vais aborder plusieurs concepts tirés de l’Hindouisme et du Bouddhisme, mais en vous épargnant au maximum les références inutiles et les termes savants qui n’intéressent que les spécialistes ou les passionnés. L’idée consiste à « vulgariser ». Je n’aime pas ce terme, mais ce sera ici mon objectif : vous donner un aperçu complet et direct, destiné à être compréhensible et applicable immédiatement, et non un cours de métaphysique. Je vais utiliser quelques termes étrangers, mais en les limitant au maximum. 

Cet article vous sera particulièrement utile, car vous êtes un homme Occidental. Et le grand défaut de l’homme Occidental, c’est son culte de la « raison », de la « logique », de la « philosophie », c’est-à-dire de la pensée discursive. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas : il est important de savoir exercer ses facultés intellectuelles. Mais votre problème, si vous êtes un homme moderne, c’est que vous vous identifiez à vos fonctions intellectuelles, c’est-à-dire à votre faculté de penser. Or, vous êtes bien plus que cela, et c’est ce que je vais vous montrer ici. Et pour cela, nous allons partir de vous, de votre vie « ici et maintenant », tel que vous êtes et tel que vous lisez ces lignes, au moment où vous lisez ces lignes, quel que soit l’endroit où vous lisez ces lignes. Vous allez faire un petit exercice pratique, car nous allons commencer à partir de tout ce que vous percevez directement avec vos 5 sens en cet instant, et en ce lieu, précis. Et à partir de ces 5 sens, vous allez prendre conscience de votre sixième sens (car en réalité, vous avez 6 sens, et non pas 5). Commençons ! 

En même temps que vous lisez le présent paragraphe, accordez une partie de votre attention à ce que vous entendez tout autour de vous. Puis accordez une partie de votre attention sur le contact de vos vêtements avec votre peau, sur l’ensemble de votre corps. Puis accordez une partie de votre attention sur ce que vous voyez (ici, je sais que vous lisez ces lignes, mais prenez un temps pour prendre conscience de ce qui constitue aussi votre vision périphérique). Puis accordez une partie de votre attention à la salive qui se trouve dans votre bouche et sur votre langue. Enfin, accordez une partie de votre attention à ce que vous sentez, aux odeurs (ou absence d’odeurs) en cet instant. 

Excellent ! Vous venez d’utiliser successivement vos 5 sens en fixant une partie de votre attention sur chacun d’eux (l’ouïe, le toucher, la vue, le goût et l’odorat). Afin de prendre conscience de vos 5 sens, vous venez d’utiliser vos 5 organes de perception, qui vous permettent de « capter » le monde extérieur (les oreilles, la peau, les yeux, la langue et le nez). Nous sommes donc d’accord que vous disposez de 5 sens, lesquels sont perçus par 5 organes. Jusqu’ici, vous êtes un homme dans le monde physique en train de lire un article, tout va bien. 

Vos 5 organes de perception vous ont permis, il y a un instant, de percevoir des « impressions » dans votre esprit, afin de concevoir en vous-même les 5 objets des sens suivants : le son, la sensation tactile, la forme, la saveur, et l’odeur. 

En retour, pour interagir dans le monde matériel et réaliser des actions physiques, vous utilisez vos organes d’actions. Techniquement, la totalité de votre corps est en lui-même un organe d’action, mais nous pouvons, pas esprit de « parallélisme » avec vos 5 organes de perception, définir vos 5 organes d’action : la parole, la préhension, la locomotion, l’excrétion et la procréation. (La Doctrine Traditionnelle est bien plus complexe sur ces organes d’action, mais je synthétise très succinctement ici).

Vous avez donc 5 sens (qui sont en réalité 10 lorsqu’on les divise en organes de perception et organes d’action) qui vous permettent de percevoir et d’agir dans le monde matériel. Notez que vous continuez de lire cet article, et depuis que vous avez commencé votre lecture et que vous la poursuivez, vous continuez de percevoir et d’agir de façon automatique. Il y a donc une partie de vous qui possède 10 facultés « automatiques » fonctionnant constamment, dont vous pouvez prendre conscience volontairement, ou « oublier », et qui fonctionnent « en arrière-plan de vous-même » si je puis le dire ainsi. 

Et ce qui est assez étrange… c’est que vous percevez le son, mais sans devenir le son lui-même, vous êtes « ce qui perçoit le son ». Vous percevez les sensations sur votre peau, mais vous n’êtes pas le toucher lui-même, vous êtes « ce qui perçoit le toucher ». Vous percevez la lumière, mais vous n’êtes pas vous-même la lumière, vous êtes « ce qui perçoit la lumière ». Vous percevez le goût dans votre bouche, mais vous n’êtes pas ce goût, vous êtes « ce qui perçoit le goût ». Enfin, vous percevez l’odeur autour de vous, mais vous n’êtes pas l’odeur, vous êtes « ce qui perçoit l’odeur ». Il est précisément là, votre sixième sens : c’est « ce qui perçoit ». Ou pour le dire autrement, « ce par quoi les impressions sont perçues ». Ceci est votre mental. 

Mais attention ! Pendant que vous preniez conscience de vos 5 sens fonctionnant automatiquement, vous venez de continuer à lire cet article. Une partie de vous fonctionne donc automatiquement pour percevoir et agir dans le monde… tandis qu’une autre partie de vous CONCENTRE SON ATTENTION sur la lecture de cet article. Prenez ainsi conscience que votre mental n’est pas une entité unique, mais un ensemble fonctionnel composé de deux éléments

Ne paniquez pas ! Vous n’êtes pas fou ! Vous n’êtes pas schizophrène ! Il y a bien deux parties à l’intérieur de vous, bien distinctes l’une de l’autre, et vous fonctionnez ainsi intérieurement depuis que vous êtes né ! Ce petit exercice a seulement pour but de vous en faire prendre conscience ici et maintenant. C’est là que je dois ajouter des termes précis : ces deux éléments distincts à l’intérieur de vous-même dont vous venez de prendre conscience sont « Manas » et « Buddhi ». 

Votre « manas » (qui est « le mental » au sens strict) est en quelque sorte votre « centre de traitement de premier niveau ». Comme vous venez de le constater sur vous-même, c’est « ce par quoi les impressions sont perçues », c’est-à-dire ce qui fait le lien entre le monde matériel et votre conscience interne. Le « manas » n’est qu’un « outil », qui fonctionne de manière automatique, comme vous venez de vous en rendre compte, dont la fonction consiste à recevoir, trier et organiser les impressions qui sont transmis par les organes des sens. C’est la partie de vous qui est (obviously…) purement réactif, et dépendant de votre environnement externe. Le Manas réagit immédiatement aux stimuli extérieurs et formule des pensées impulsives, des doutes ou des désirs superficiels. Le Manas fonctionne en « paire d’opposé » (aujourd’hui, on pourrait dire « en mode binaire », pour utiliser une expression informatique). C’est le désir et l’aversion, l’attraction et la répulsion, « j’aime » ou « je n’aime pas », le chaud et le froid, le mouillé et le sec, le doux et le rugueux, le souple et le ferme, le sombre et le lumineux, etc…

Votre « Buddhi » est votre « centre de traitement de deuxième niveau », en quelque sorte. C’est la « partie supérieure » de votre mental. Le Buddhi représente la faculté intellectuelle et spirituelle la plus élevée du mental humain : il constitue « ce qui analyse », « ce qui décide », « ce qui discrimine ». Buddhi est (infiniment) plus stable que Manas, car il est tourné vers la conscience pure (le « Soi »). 

Manas est votre « mental sensoriel », Buddhi est votre « intellect supérieur ». Votre manas collecte les données, votre Buddhi les examine. Votre manas (qui N’EST PAS « vous ») est proche de vos sens, tandis que Buddhi (qui N’EST TOUJOURS PAS « vous » non plus…) est proche de la conscience (votre conscience EST votre vrai « vous »). Je n’aborde pas dans cet article la question du « Soi », car elle est bien trop complexe pour un seul article, et aussi parce que c’est littéralement l’objet/le sujet de la métaphysique elle-même. Vous comprendrez donc que je ne puisse pas vous faire une synthèse rapide de la totalité de la métaphysique en un seul article… Retenez simplement ici que devenir un « Bouddha », c’est-à-dire réaliser l’éveil (car « bouddha » n’est pas un nom propre, mais un état ; buddha signifie « éveillé », participe passé passif de la racine verbale « budh- », « s’éveiller »), consiste précisément à prendre conscience et à distinguer entre ce qui est le vrai « vous » (le Soi) et ce qui n’est pas « vous ». 

Ainsi, si vous parvenez à prendre conscience et à distinguer à l’intérieur de vous-même entre ce que vos sens perçoivent et qui sont traités dans votre Manas, et ce que votre esprit conçoit et qui est traité dans votre intellect, vous avez déjà réalisé un énorme pas vers le chemin qui conduit à l’anéantissement de l’ignorance et à la libération du saṃsāra, du cycle des réincarnations. Toutes mes félicitations ! 

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai tant insisté, dans mon édito de rentrée, sur l’absolue nécessité de conserver votre attention. Car c’est votre attention qui vous permettra, peu à peu, de distinguer à l’intérieur de vous-même entre ce qui est « vous » et ce qui n’est pas « vous ». Vous comprenez maintenant également qu’en laissant votre attention être « capturée » par internet, les réseaux sociaux, la politique, le sexe, l’actualité, etc… vous demeurez « coincé » ou « maintenu » dans votre Manas (le mental inférieur) et que vous n’exercez plus vos facultés intellectuelles supérieurs (Buddhi). Regardez autour de vous : tant de gens ne font que réagir à telle vidéo, telle actualité, tel évènement… C’est ici l’aspect « infernal » du monde moderne en ce qu’il vous maintient à un niveau de conscience plus bas que ce dont vous êtes capable. En vous maintenant dans les 5 sens, en vous faisant « réagir » constamment, en vous engluant dans l’actualité ou la dopamine (excessive), vous êtes incapable d’exercer vos facultés de discrimination, de jugement et d’analyse. Votre Buddhi n’est plus utilisé, et vous voilà l’esclave de vos sens, au lieu d’en être le maître. Ne vous inquiétez pas : vous demeurez fondamentalement le maître (en fait, vous l’avez toujours été et vous le serez toujours), mais il vous appartient de vous exercer, et donc, de conserver votre attention, afin de vous maintenir le plus possible à l’état d’éveil, et d’échapper au caractère « hypnotique » (et « diabolique », d’une certaine manière), de vos écrans.

Vous comprendrez également pourquoi, dans ce blog et dans presque tous mes articles, j’aborde directement ou indirectement la question de la sexualité, de la luxure, ou des femmes. Parce que dans l’ensemble, le sexe/la sexualité est ce qui nous attache le plus puissamment aux 5 sens. La luxure est l’un des trois plus grand piège sur le chemin de l’homme qui cherche l’éveil (avec la peur et le désir de posséder de l’argent/des richesses). Je mets ici de côté la peur et le désir de richesses, dont je parlerai certainement dans d’autres articles, mais je me consacre essentiellement à la sexualité parce que 1) c’est la plus puissante des impressions qui nous maintient « endormi » et 2) parce que personnellement, c’est aussi le piège dans lequel je tombe le plus facilement, mon plus grand point faible, et comme j’écris aussi pour moi-même, cela me fait du bien d’écrire sur le sujet. Je précise ici, car c’est important, qu’il est absolument hors de question d’interpréter mes propos comme allant contre les femmes en général, pas plus que mes articles ne constituent une condamnation de la sexualité. Nous avons besoin des femmes. Nous les aimons. Elles ont, elles aussi, un chemin conduisant à la libération. Mais ce blog est destiné aux hommes, c’est donc du point de vue masculin que nous parlerons. Comme je l’ai dit dans d’autres articles, la sexualité et l’énergie sexuelle maitrisée constituent une puissante source d’énergie que l’homme doit savoir utiliser/transmuter/sublimer. C’est pourquoi je continuerai de parler des femmes et de sexe (après tout, ceci n’est-il pas à la base un blog masculiniste ?), mais toujours dans l’esprit d’en tirer le meilleur parti, sans nuire aux femmes. 

Voilà, si vous ne devez retenir qu’une chose de cet article, encore une fois, c’est de vous exercer à maintenir votre attention en conscience vis-à-vis du monde externe et de vos impressions sensorielles, et cela dans le but de vous exercer à concentrer votre attention sur votre monde intérieur, afin de distinguer et reconnaître « ce qui est » de « ce qui n’est pas » VOUS. Nous aborderons la question du « Soi », ainsi que diverses questions liées aux femmes et à l’énergie sexuelle, dans d’autres articles. 

N’oubliez pas de respirer consciemment ! Et on se voit (par écran interposés) dans un prochain article. Allez, gros bisous, et à bientôt !