Dans le monde ordinaire, changer est impossible. À 7 ans, un enfant entre déjà dans la triste armée des adultes comme un petit spartiate. Il voit déjà le monde à l’envers et il a déjà accumulé tout un lot de certitudes, de préjugés, de superstition et d’idées qui le feront appartenir de droit et à jamais au club universel des malheureux.
La pensée, l’émotion et le corps de l’homme sont des univers concentriques. Tout est relié ! Changer délibérément une cadence ou une inflexion de la voix, redresser le dos ne serait-ce que d’un millimètre, modifier une habitude même la plus insignifiante équivaut à transformer sa vie. C’est pratiquement impossible pour le commun des hommes.
Le présent, le passé, le futur d’un homme, les évènements, les circonstances et les expériences qu’il rencontre sur sa route sont des ombres que projettent ses certitudes ; son existence et son destin sont la matérialisation de ces convictions et surtout de sa complaisance envers lui-même.
Tout ce que tu perçois, vois et touches naît de l’invisible. La vie d’un homme est l’ombre de son imagination, de son mental, de son esprit, le déploiement dans le visible de ces principes et de tout ce à quoi il croit.
Pour tous les hommes, ce qu’ils ont fermement cru possible se réalise en temps opportun. Un homme est toujours en train de créer. Les obstacles qu’il rencontre sont la matérialisation de ses propres limites, de ses idées antagonistes, de son impuissance.
Certains croient à la pauvreté, d’autres à la maladie. D’autres encore croient dur comme fer à la limitation et à la malchance. Et puis, il y a ceux qui ont tous misé sur le crime. Un homme crée à chaque instant, même (et surtout !) dans ses moments les plus noirs.
La foi n’est pas plus solide chez l’optimiste que chez le pessimiste. Chaque homme a sa portion de foi à gérer, à investir, et tous en ont reçu exactement la même quantité. Ce qui différencie un homme d’un autre, la raison pour laquelle chacun a un destin qui lui est propre réside dans ses visées, dans la qualité particulière du but qu’il se propose d’atteindre, serait-ce à son insu.
Si un homme était capable de réorienter sa foi d’un seul millimètre, s’il parvenait même un tout petit peu à diriger la force de ses convictions vers la vie plutôt que vers la mort, il pourrait déplacer des montagnes dans le monde concret.
Jusqu’à présent, ta raison de vivre, le but de ton existence a été, comme pour tous les hommes, de te suicider intérieurement. La maladie, la vieillesse, la mort sont des divinités que le genre humain vénère depuis des millénaires. L’homme a douloureusement renoncé à la vie, à la beauté, au calme, à la joie, à la paix, à la sérénité.
La plus infime élévation de l’idéal, la plus minuscule amélioration intérieure peut nous faire dévier de notre destin de façon extraordinaire.
Voir ses propres limites et les circonscrire signifient s’en affranchir ! Les émotions négatives gouvernent la vie de l’homme. L’angoisse qui nous habite est la véritable cause de tous nos problèmes et de tous nos malheurs.
Parlons du syndrome de narcisse : ta certitude la plus inébranlable et la plus nocive est qu’il existe un monde extérieur à toi, quelqu’un ou quelque chose dont tu puisses dépendre, quelqu’un ou quelque chose qui puisse t’enrichir ou t’appauvrir, te choisir ou te condamner. Si un guerrier croyait, ne serait-ce qu’une seconde, au secours extérieur, il perdrait sur-le-champ son invulnérabilité.
Il n’y a rien au dehors. Aucun secours ne peut te venir de l’extérieur.
La pire maladie de l’homme est sa dépendance. Il n’y a pas de mal plus grand que la dépendance par rapport aux autres, que la subordination au jugement d’autrui. Pour s’affranchir de tout cela, il faut une longue préparation.
Les gens ne se sentent vivants qu’au milieu des autres ; ils préfèrent les foules ; ils trouvent du travail dans les administrations ou dans les grandes sociétés, partout où ils peuvent sentir le frôlement rassurant des multitudes, du nombre, des autres. Ils célèbrent tous les rituels de la dépendance et en occupent les temples – cinémas, théâtre, hôpitaux, stades, tribunaux, églises – pour être avec les autres, pour se fuir eux-mêmes et fuir le fardeau insoutenable de leur solitude.
Un homme commun se rend malade et se laisserait volontiers charcuter par des chirurgiens, par les chamans d’une science encore primitive, tout ça pour attirer l’attention, pour se cramponner au monde.
L’image de Narcisse est la représentation symbolique de l’homme prisonnier de son propre reflet. La fable de Narcisse est la métaphore de l’homme victime du monde extérieur. Narcisse ne tombe pas amoureux de lui-même, mais de son reflet, sans se rendre compte que ce n’est qu’une image. Croyant voir quelqu’un d’autre, un être extérieur à lui, il s’en éprend, tombe à l’eau et s’y noie misérablement. Quand tu comprends que le monde est une projection de toi-même, tu t’en libères !
Tomber amoureux de quelque chose d’extérieur à nous et nous oublier nous-mêmes signifient se perdre dans les méandres d’un univers subordonné. Cela signifie oublier que nous sommes les seuls artisans de notre réalité personnelle.
Il n’y a pas de monde extérieur à nous. Tout ce que nous croisons, tout ce que nous voyons, tout ce que nous touchons nous reflète. Les autres, les évènements, les circonstances de la vie d’un homme révèlent sa condition. Blâmer les autres, se plaindre, se justifier et se cacher sont les manifestations d’une humanité malheureuse, les symptômes révélateurs de la dépendance, de l’absence de volonté authentique. Comme Adam, Narcisse a cru à l’existence d’un monde extérieur ! Adam ou narcisse, le message est le même : croire que le monde est extérieur à nous signifie en être victime, se laisser avaler par lui !
C’est toi qui crées le monde à chaque instant ! La source où narcisse se mire est le monde extérieur. Croire que le monde est réel, s’appuyer sur cette certitude, c’est dépendre de son ombre. Le créateur devient l’objet créé, le rêveur devient l’objet rêvé. Le maitre devient l’esclave, et ce jusqu’à ce que sa propre créature en vienne à l’étrangler.
La chute d’Adam et Eve se répète inlassablement ; on nous chasse à chaque instant du paradis quand nous sommes pris au piège d’une représentation convenue du monde, quand nous oublions d’en être les artisans. La créature alors se révolte et se convulse. C’est cela, le péché originel, le péché impardonnable, le péché mortel : troquer la cause contre l’effet.
Un homme intègre et authentique est ainsi parce qu’il se domine. Quelle que soit l’importance ou la variété des circonstances, il sait que le monde est son miroir.
Bien ou mal, beau ou laid, juste ou injuste, tout ce que vit un homme n’est que son reflet et non pas la réalité. Chacun ne recueille jamais que lui-même. Tu es la graine et tu es aussi la récolte.
C’est pour cette raison que toutes les révolutions de l’histoire ont été des échecs. Elles ont tenté de transformer le monde par le dehors. Elles ont cru à un reflet dans l’eau.
Tu ne comptes plus sur le monde extérieur pour te venir en aide. Tu vas au-delà ! Seuls ceux qui ont surpassé le monde peuvent l’améliorer !
Pendant des siècles, l’homme a gratté l’écran du monde en pensant pouvoir changer les images que lui-même projette.
Tu dois renoncer à cette folie ! Que tu oublies les guerres, les révolutions, les réformes économiques, sociales ou politiques, et que tu t’occupes plutôt du vrai responsable de tout ce qui t’arrive : toi ! La plus grande des révolutions, la plus difficile des entreprises, c’est la transformation de soi.