Considérations sur l’énergie sexuelle.

Je réalise que j’ai parlé « d’énergie sexuelle » dans de nombreux articles – en particulier les plus récents – sans jamais vraiment m’arrêter sur ce sujet. C’est pourtant un sujet fondamental, presque transcendant, qui concerne toute l’humanité, mais qui n’est réellement compris (et maitrisé) que par un très petit nombre de personnes. Dans cet article, j’ai eu envie, sans plan préétabli, ni exposé synthétique et ordonné, de rassembler quelques réflexions d’ordre général.  

La difficulté, avec l’énergie sexuelle, c’est qu’elle est à la fois évidente et obscure. Évidente, car la sexualité et le désir sexuel se manifestent en chacun de nous à l’adolescence sans que nous ayons besoin d’exercer notre volonté, car la puberté se manifeste en nous de manière biologique dès que « le corps est prêt » (aux alentours de 14 ans, disons). Obscure, car il est très difficile d’accorder de la valeur ou d’apprécier quelque chose qui ne nous a demandé aucun effort pour l’obtenir. En général, les hommes et les femmes ne prennent pas conscience que le désir sexuel correspond à la manifestation d’une énergie, et c’est pourquoi nous gaspillons inconsciemment cette énergie, qui contient aussi une potentialité psychologique et surtout, spirituelle. Pourtant, cette même énergie est la cause de la vie, la raison pour laquelle nous sommes vivants et la cause pour laquelle nous sommes venus au monde.

L’énergie sexuelle est à l’origine de tout ce qui existe. Dans toutes les traditions, textes sacrés, et mythologie, on retrouve cette idée que l’énergie sexuelle est la racine de toute création. La plupart des gens ne s’arrêtent pas sur cette idée car ils s’imaginent que les différentes traditions humaines évoquent simplement l’acte génératif, c’est-à-dire l’acte sexuel comme créateur de la prochaine génération. C’est évident : nous sommes tous ici grâce à l’énergie sexuelle de nos parents. Mais l’énergie sexuelle ne se résume pas à l’acte sexuel en tant qu’acte procréateur. Lorsqu’on étudie l’origine de la vie, les différentes traditions spirituelles font toutes remonter la création physique à Dieu (quel que soit le nom qu’on lui donne), et décrivent un processus de déploiement de cette énergie, de l’esprit vers la matière. Entendu en ce sens, l’énergie sexuelle est le « pont », le « lien » entre « l’énergie spirituelle » et « l’énergie matérielle », allant de l’un à l’autre et inversement, de l’esprit à la matière, en un flux constant. 

Dans de nombreuses traditions (surtout Inde, Chine, Tibet), l’énergie sexuelle est considérée comme le résultat de tout ce que nous mangeons, respirons et pensons : elle est une cristallisation de toutes ces choses, si bien que la qualité de notre alimentation, de nos pensées, de nos émotions et de l’air que nous respirons influence la qualité de notre énergie sexuelle.

D’un point de vue biologique, l’une des tâches les plus importantes de tout organisme vivant est de se reproduire. Le corps humain est une machine qui transforme : tout aliment, une fois mâché, digéré, absorbé par l’organisme, est transformée en énergie, et cette énergie se dirige en priorité vers les organes sexuels (car le corps humain considère la « reproduction » comme la deuxième priorité de l’organisme, la première priorité étant bien évidemment la « survie » en tant que telle). Ainsi, les meilleurs éléments nutritifs absorbés par le corps physique sont dirigés vers la capacité à se reproduire. En retour, du moment qu’elle est bien utilisée et qu’elle n’est pas gaspillée, l’énergie sexuelle soutien la vitalité du corps physique, soutient l’efficacité de nos processus psychologiques, et nous permet, enfin, de nous connecter à l’esprit (Buddhi) et de dépasser le « mental » (Manas). 

L’énergie sexuelle est une énergie créatrice à plusieurs niveaux : au niveau biologique évidemment, mais aussi à des niveaux plus subtils. C’est à ce niveau que l’on évoque généralement l’idée de « transmutation », c’est-à-dire le procédé par lequel on utilise son énergie sexuelle à des fins autres que reproductive. Le fait de « transmuter l’énergie sexuelle » désigne en fait très simplement le fait d’utiliser l’énergie sexuelle… a des fins autres que sexuelles… Malheureusement, les hommes et les femmes ignorent trop souvent les processus qui vont au-delà de ce qui est purement sexuel (au sens « animal » du terme), si bien qu’à l’échelle globale, cette énergie est massivement utilisée pour des fins uniquement physiques, au détriment des aspects psychologiques et spirituels. 

Ceci n’est pas un phénomène récent : les possibilités de transmutation de l’énergie sexuelle ont toujours été considérées comme « secrètes », voir comme interdites, quand elles n’étaient pas purement ignorées ou condamnées (par l’Église Catholique notamment, en Europe et dans d’autres régions du monde). 

Un problème récent est venu s’ajouter à cela : la prétendue « libération sexuelle » (ou « révolution sexuelle ») à partir des années 60/70 en Occident a complètement occulté les possibilités de transmutation, sous de faux prétexte de « libération ». Avec les réseaux sociaux, la consommation de contenus pour adultes est devenue intensément fréquente chez les hommes les plus jeunes, qui ont accès à internet tout le temps grâce aux smartphones, et cela leur fait perdre leur énergie et leur puissance sexuelle avant même que celle-ci ait pu se développer pleinement (on trouve sur des forums dédiés à la « porno-dépendance » des témoignages de jeunes hommes qui ont commencé à regarder de la pornographie dès l’âge de 12 ans ! Et parfois même encore plus tôt que ça !). 

Cela est un vrai problème – je dirai même qu’il s’agit d’un problème de santé publique, à ce stade – car l’énergie sexuelle nous aide à organiser notre psychisme et à structurer nos propres fonctions biologiques de manière harmonieuse (afin d’atteindre l’homéostasie). En effet, la quantité d’énergie vitale qui soutient la santé physique d’une personne est directement liée à l’usage qu’elle fait de son énergie sexuelle. Cette énergie possède aussi un pouvoir effectif et peut être employée de manière supérieure ou inférieure. Pour attirer l’organisation, l’ordre, la santé, la richesse, le bonheur, il faut posséder cette énergie en soi, et c’est souvent parce qu’on ne maitrise pas cette énergie que l’ego se met en quête de richesse extérieure, y compris dans des relations fondées sur des éléments qui n’ont rien à voir avec la véritable finalité de l’énergie sexuelle. 

Selon la manière dont il traite sa propre énergie sexuelle, un homme peut faire de celle-ci l’instrument de son perfectionnement, ou à l’inverse, la cause de sa propre déchéance vers les états inférieurs de l’être. J’ai conscience qu’à l’écrire dans ce style et de cette manière, je donne l’impression d’être très « professoral » … et un peu « moralisateur » … J’en ai conscience, mais je dis cela parce que j’ai moi-même gaspillé mon énergie sexuelle, et parce que j’ai payé le prix de ce comportement, et que je souhaite donc avertir ceux qui voudront bien s’intéresser à ce sujet. Notez également que je n’invite pas mes lecteurs à s’abstenir de toute relation sexuelle (je suis loin d’être un puritain !), mais à prendre conscience de cette énergie, de savoir quand l’utiliser (ou ne pas l’utiliser) et de la transmuter. La transmutation, donc, est un exercice subtil dans lequel il convient de savoir quand et comment décharger (ou conserver) son énergie sexuelle, et c’est tout un art. 

Parce que l’énergie sexuelle est créatrice, elle est aussi directement liée au « karma ». Je me permets une petite disgression ici à propos de ce terme. Car effectivement, le mot « karma » est souvent mal compris par les lecteurs occidentaux. On attribue à tort à ce mot des sortes de connotations « magiques » ou « ésotérique », sur un prétendu « bon » ou « mauvais » karma. En réalité, le terme est très neutre. Au sens premier, le « karma » est un « acte » ou une « action », et rien d’autre. Se lever de son lit, se brosser les dents, cuisiner un repas, envoyer un courriel, porter une valise, boire un verre de lait, etc… constituent des actes de la vie quotidienne, donc du karma. Karma désigne également, par extension, le cycle sans fin des causes et des conséquences. Telle action engendre tel effet, un acte différent aurait eu un autre effet, et ainsi de suite. Dans ce sens extensif, le karma est alors la somme des actions d’un individu. On peut dire, en quelque sorte, que l’homme qui pratique la musculation tous les jours accumule un « karma sportif », car chaque mouvement musculaire est un « karma » qui s’accumule et qui constitue donc une cause qui engendre une conséquence (« être musclé » est le karma d’un tel individu). Mais on peut aussi dire que l’homme qui boit un verre tous les jours accumule un « karma alcoolique », car chaque gorgée de bière ou de vin est un « karma » qui s’accumule et qui constitue donc une cause qui engendre une conséquence (« être alcoolique » est le karma de cet individu). Eh bien, de même, tout acte sexuel est un « karma » qui s’accumule en vous et par vous, et qui constitue une cause qui engendre une conséquence. Accumulé au fil des ans, l’ensemble de ces actes sexuels, et de vos rapports sexuels avec les partenaires que vous avez choisis, fini par « causer » quelque chose en vous. C’est aussi simple que ça : l’énergie sexuelle est créatrice de karma, comme tout le reste des autres aspects de votre vie. 

Par ailleurs, il convient d’ajouter ici un autre élément : le fait que le sexe se pratique à deux est d’une importance capitale. Lors d’un contact sexuel, nous « absorbons » les profils psychologiques et spirituels des personnes avec lesquelles nous nous unissons : c’est le moyen le plus rapide de transmettre du karma d’une personne à une autre, d’une essence à une autre, ce qui complique notre propre évolution interne, car dans le sexe, nous nous chargeons aussi du poids karmique d’autrui. D’où l’importance de bien savoir choisir la femme avec qui vous couchez, que ce soit pour une nuit ou pour la vie. Même une relation sexuelle unique (que je ne condamne absolument pas et que je pratique moi aussi) peut avoir un effet karmique. Savoir bien choisir est donc d’une extrême importance, comme je le répète fréquemment. 

Ainsi, comprendre l’importance de l’énergie sexuelle consiste d’abord à comprendre qu’il faut éviter de mal l’utiliser. Si déjà vous comprenez ce que j’essaie maladroitement de souligner, vous aurez déjà fait un grand pas : faites attention à vos pratiques sexuelles (solitaires ou en couple… ou à trois et davantage !) dans le sens où vous devez être conscient de ce que vous faites. 

Pour transmuter l’énergie sexuelle, en particulier lorsqu’on est célibataire et qu’on n’a pas la possibilité immédiate d’avoir une relation sexuelle avec une copine ou une épouse, il existe toute une panoplie d’exercices relativement facile, dès lors qu’on s’y applique avec sérieux. Je vais encore me répéter et réécrire de nouveau ce que j’ai dit dans d’autres articles, mais j’insiste : la res-pi-ra-tion ! Je vous conseille vraiment de vous intéresser à la méthode « Wim Hof », qui repose sur une hyperventilation contrôlée suivie de phases d’apnée. Elle vise à oxygéner l’organisme, à réduire le stress et à stimuler le système nerveux autonome, et permet notamment de « se calmer » lorsqu’on se sent trop excité sexuellement et qu’on veut éviter de gaspiller son énergie sexuelle par la masturbation.

La transmutation est parfois aussi simple que ça ! Quand vous êtes excité, calmez-vous en respirant (ou en méditant, par exemple), et utilisez l’énergie de l’excitation pour faire autre chose : activité physique, écriture, apprentissage d’une langue ou d’un instrument de musique, travail salarié ou indépendant, lecture attentive, ou même plus simplement, pour être dans l’instant présent, dans « l’ici-maintenant », sans activité mentale ou pensées parasites. Au fond, la transmutation n’est que cela : une sublimation, c’est-à-dire la transformation d’une chose en une autre, plus élevée, plus subtile, ou plus utile, ou plus productive. 

En définitive, la clef d’une bonne transmutation, c’est l’amour. L’amour au sens élevé du terme : le doux sentiment d’affection pour une chose, une personne, un endroit, une activité, un projet, un moment. Et avant tout : de l’amour pour vous-même. C’est pourquoi toutes les traditions spirituelles placent l’amour comme première étape de tout engagement spirituel ou religieux. Lorsqu’on ressent de l’amour pour soi-même, on veut naturellement faire un avec ce qui nous entoure. Plus on pratique la transmutation, plus on aime et plus on ressent d’amour ; à l’inverse, revenir à une sexualité ordinaire, ou perdre son énergie sexuelle, donne le sentiment de perdre réellement quelque chose.