Le monde moderne est une prison. L’endroit dans lequel tu habites est une petite prison privée. Ton emploi est une prison économique. Ton pays est une prison politique. Ton couple, une prison émotionnelle. Tes pensées, une prison conceptuelle. Ta vie, une prison métaphysique. S’il existe encore ne serait-ce qu’un atome de volonté en toi, tu ne peux vouloir qu’une chose : t’échapper de cette prison, de ces multiples prisons, de ces prisons emprisonnées dans d’autres prisons. Pour t’échapper, tu dois connaître le chemin que doit parcourir un homme ordinaire pour s’affranchir du discours hypnotisant de la société et d’une représentation lamentable et accusatrice de l’existence, et pour te dégager des ornières d’une vie préconçue.
Il faut te délester de beaucoup de poids morts : pensées médiocres, petites obsessions mesquines, émotions négatives, certitudes et idées d’emprunt. Tu dois te vaincre toi-même, reconnaître et affronter ton moi le plus sombre.
Tout ce que nous voyons, touchons et entendons, la réalité dans ses infinies variétés n’est rien d’autre que la projection d’un univers invisible qui existe au-delà du nôtre et qui en est la vraie raison d’être. Tu as du mal à comprendre que l’invisible t’entoure, que ton monde n’est pas que matière, qu’en tout homme, ce qui compte et ce qui est vrai sont invisibles.
Nos pensées, nos sentiments, nos fantasmes, nos imaginations sont invisibles. Nos espoirs, nos ambitions, nos secrets, nos peurs, nos doutes, nos indécisions, nos incertitudes, et toutes nos sensations, nos attirances, nos désirs, nos aversions, nos amours et nos haines appartiennent à l’univers subtil, mais réel, de l’être. Réel, et pourtant invisibles. Invisibles, mais pourtant omniprésent.
Pour renaître, il faut retrouver ton intégrité perdue. Pour renaître, tu dois d’abord prendre conscience de ton état d’esclave.
Tous les problèmes de l’humanité, de la pauvreté endémique de vastes régions de la planète à la criminalité et aux guerres, ont pour causes premières la négativité de nos pensées et de nos émotions. Les émotions négatives gouvernent le monde. En dépit de leur nature immatérielle, elles occupent le moindre recoin de ta vie. Pour transformer ta destinée, il faut changer ta psychologie, ton système de valeur et tes convictions. Il faut que tu libères ton être profond du despotisme d’une mentalité antagonique, fragile et mortelle. La plus redoutable maladie au monde n’est ni le cancer ni le sida, mais ta pensée conflictuelle. Elle est le véritable tueur de la planète, le pilier de ta représentation conventionnelle du monde.
Ce qui est écrit ici n’est qu’un stratagème auquel tu as recours pour apprendre à te connaître, pour découvrir ton propre inachèvement et y remédier. Ce n’est qu’un outil, ce n’est qu’un support. Ce qui compte, ce ne sont pas les mots que tu lis : ce sont les espaces entres les mots. On ne peut enseigner que si on ne sait rien, celui qui sait n’enseigne pas ! Ce que nous avons compris, ce que nous possédons vraiment, nous ne pouvons pas le transmettre.
Le bonheur, la richesse, la connaissance, la volonté, l’amour ne s’obtiennent pas en dehors de toi ; nul ne peut te les donner, tu ne peux que te les rappeler. Ce sont des biens inaliénables de l’être ; ils font par conséquent partie de ton patrimoine inné.
Le parcours nécessaire est aussi terrible et merveilleux, lourd et joyeux, absurde et nécessaire que celui du saumon qui remonte le fleuve à contre-courant, de l’oiseau migrateur qui survole des continents entiers.
Mais d’abord, regarde-toi ! Tu es hideux ! Tu es moche ! Pitoyable ! Tu es dans un état atroce ! On peut le constater à ta façon de marcher, de te tenir, et surtout à la puanteur de tes émotions. Tu es une multitude, une horde d’inquiétude. Où vas-tu aller dans cet état ? Tu es morcelé, en mille miettes, c’est à peine si tu peux vivre ton existence d’esclave moderne. Tu es à peine quelqu’un, tu possède à peine le droit le dire « je » lorsque tu t’exprimes.
Comment pourrais-tu oser dire « je » ? « Je » est un blasphème. « Je » représente ta dualité intérieure. « Je » représente la foule de tes mensonges. Chaque fois que tu commences une phrase un de tes petits « je », tu mens. Seul celui qui se connaît, qui maîtrise sa propre vie, celui qui a une volonté, peut dire « je ». Tu ne peux pas dire « je » tant que tu es fragmenté. Être une multitude, c’est être pris au piège d’un assemblage chimérique et inévitable d’idées fausses et de mensonges que l’on a soi-même créé.
Commence par t’observer toi-même, afin de découvrir qui tu es.
Le manque d’unité emprisonne l’homme dans l’ignorance, la peur et l’autodestruction ; dans le monde extérieur, ce manque entraîne la maladie, la dégradation, la violence, la cruauté et la guerre.
Le monde est tel que tu le rêves. C’est un miroir. Dehors, il y a ton monde, le monde que tu as construit, que tu as rêvé. Dehors, il y a toi ! Tu dois voir qui tu es ! Tu constates que les autres sont le reflet de ta fausseté, de tes compromis, de ton ignorance. Ce que tu vois dans les autres, tous les autres, et que tu déteste, c’est ce que tu es. Les autres sont un miroir. Peut-on reprocher à un miroir de refléter ce qui est ? ne reproche rien aux autres, ils ne font que révéler ce que tu es.
Change ! Change ! Et le monde changera !
Tu crées une humanité malade, et tu as peur ensuite de ce que tu as créé, de la violence que tu as engendrée. Tu crois que le monde est objectif, mais il est tel que tu le vois. Tu dois aller voir, et accepter ce que tu as fait. Tu dois aller au-devant des pauvres, des êtres violents, des lépreux que tu héberges en toi. Tu dois les accepter. Ne pas les éviter, ne pas les accuser. Tu te rends à leur univers. Tu y es, et tu acceptes en toute connaissance de cause ce que tu as créé : un monde intransigeant, ignorant, sans vie.
Un homme est puissant lorsqu’il se domine et s’abandonne à lui-même.
Sans la volonté, les pensées, les sensations et les désirs ne sont que des monstres affolés, à la merci de l’univers.
La vie, le monde où tu crois être capable de choisir et de décider n’existent pas ; ils ne sont qu’un horrible cauchemar. Te marier, avoir des enfants et une carrière, posséder une maison, être estimé et reconnu par ton entourage et toutes ces choses auxquelles tu as cru sont des fétiches dénués de sens que tu as idolâtrés et placés au-dessus de tout. Et ton monde intérieur ? Qui es-tu vraiment, au-dedans ? Qui est « toi » ? Qui est ce « je » lorsque tu parles ?
Dans le monde moderne, tes habitudes, tes convictions et tes codes désuets n’ont plus aucune valeur. Ce que tu appelles la réalité n’est qu’apparence, tu dois la renverser de bout en bout, et tu ne peux rien apporter avec toi qui ait fait son temps. Tu dois apprendre à penser autrement, à respirer, à agir et à aimer autrement…
Tu as une vie dépourvue d’ambition, une vie affligeante. Caché derrière ta condition, derrière la protection illusoire d’un salaire et d’un métier, tu perpétues la souffrance de l’humanité. La vie est trop précieuse pour que tu sois subordonné, trop riche pour que tu sois perdant ! Il est temps de changer !
Le moment est venu de renoncer à ta vision antagonique du monde. C’est le moment pour toi de mourir à tout ce qui ne vit pas. Cette heure est celle de la renaissance. D’un nouvel exode, d’une nouvelle liberté. C’est la plus grande aventure que puisse imaginer un homme : la reconquête de son intégrité, la fin de l’identification avec tout ce qui est faux, le devoir absolu de vaincre ses propres faiblesses, ses erreurs, ses regrets, ses hontes, son égoïsme, sa possessivité, ses pulsions, ses bassesses. La tâche est immense, les douleurs seront terribles, les souffrances, insoutenables, et la délivrance, intense.