La transmutation des émotions négatives. 

Woman sitting cross-legged meditating on a large rug in a richly decorated historic room

Dans la suite de mon dernier article consacré aux dangers de l’énergie sexuelle non-maitrisée, j’ai eu envie de poursuivre dans le même esprit. Cette fois, il n’est pas question de parler de moi – ou vraiment très peu ! – mais de vous donner des conseils pratiques pour que vous puissiez commencer à votre tour votre quête intérieure vers la libération. 

Dans cette perspective, je ne vous donnerai pour l’instant aucune indication en ce qui concerne l’énergie sexuelle. Je considère que vous n’en êtes pas encore là et que vous souhaitez simplement vous explorer vous-même intérieurement, sans avoir besoin de techniques trop complexes ou d’exercices de nature sexuelle. Vous pouvez ainsi consultez les éléments contenus dans cet article quelle que soit votre situation intime (célibataire ou en couple, activité sexuelle régulière ou non, en couple ou en solitaire, avec ou sans pornographie, etc…). 

Paradoxalement, la première étape de libération intérieure, ou de reconquête de votre vrai « vous », constitue une étape très difficile. Il n’est en effet pas possible de commencer facilement. Pourquoi cela ? Eh bien, parce que cela suppose de faire quelque chose de très dur pour la plupart des gens modernes : ne rien faire

Oui. Vous avez bien lu. Dans un premier temps, vous allez commencer par ne strictement rien faire. Mais comprenons-nous bien. Dans la plupart des cas, les hommes modernes pensent que « ne rien faire » consiste à ne pas travailler, rester chez soi, et « s’occuper l’esprit » ou « passer le temps » de diverses manières : scroller indéfiniment le téléphone et les réseaux sociaux, écouter un podcast, regarder un film ou une série ou une vidéo YouTube, jouer à un jeux-vidéo, bref, toutes les manières de passer le temps en maintenant l’esprit sur quelque chose d’extérieur. Sauf qu’aujourd’hui, vous allez réellement ne rien faire et tourner votre esprit sur votre monde intérieur. 

Ainsi, par « ne rien faire », je veux dire véritablement que vous allez rester chez vous, vous allez vous asseoir, et c’est tout. Ne vous couchez pas (pour éviter l’endormissement). Ne prenez pas votre téléphone. Ne lisez pas un livre. Vous êtes juste assis, seul, dans une pièce. Regardez le plafond ou un mur. Ne bougez pas trop les yeux (ça active le mental). Si possible, qu’il n’y ait pas de miroir dans la pièce où vous vous tenez, ne vous perdez pas dans votre reflet, vous savez déjà à quoi vous ressemblez, vous connaissez déjà la gueule que vous avez). Contentez-vous d’être assis avec vous-même, face à vous-même, complètement préoccupé par ce qui se passe à l’intérieur de vous-même. 

C’est en en cela que l’exercice est relativement difficile : non seulement vous allez très vite vous ennuyer (c’est le but !), mais surtout, vous allez devoir faire face à ce qui se passe en vous, c’est-à-dire justement tout ce que vous essayez d’éviter ou d’esquiver par toutes les distractions possibles et imaginables. Ça va être très difficile parce que vous allez devoir affronter face à face votre plus grand adversaire, votre antagoniste le plus hostile, votre pire ennemi : vous-même. 

Il n’y a aucune limite de temps. Vous allez faire cela aussi longtemps que vous le pourrez. Ça peut être 5 minutes pour commencer, si votre adversaire (c’est-à-dire vous-même, ou plutôt, tout ce que vous n’avez pas les couilles de regarder en face) est trop puissant. Ça peut être 20 à 25 minutes. Ça peut être deux bonnes heures si vous vous sentez la force. Peu importe. Faites-le au moins une fois par semaine, même si c’est pendant 1 minute. Peu à peu, vous arrivez à tenir de plus en plus longtemps face à vous-même. Au début, vous n’arriverez peut-être pas à faire face à vous-même, mais ça viendra. Vous êtes l’adversaire le plus fort que vous aurez jamais à affronter. Tout homme extérieur, tout évènement extérieur, n’est qu’un adversaire facile dont vous viendrez à bout d’une manière ou d’une autre. Mais s’affronter soi-même, c’est le combat de votre vie. Vous y arriverez. Soyez confiant. 

Ne tentez pas de contrôler votre respiration. Respirez librement sans y penser. Ceci n’est pas une méditation. Ne tentez pas non plus de vous relaxer particulièrement ou de vous tenir le dos bien droit. Je répète : ceci n’est pas une méditation ! Soyez juste assis, c’est tout. 

Et maintenant, faites bien attention : n’essayez pas de vous forcer à penser à un souvenir douloureux, à un évènement du passé, à un trauma, à une chose vécue, à une sensation. Ceci n’est pas le but. Vous ne cherchez pas volontairement à puiser à partir de vous-même une pensée ou une émotion que vous évitez… justement parce que l’esprit est très malin et que, par définition, vous n’arriverez pas à voir ce que vous cherchez justement à vous cacher à vous-même. Ça ne marche pas comme ça. Si vous avez des blocages, ils sont justement… bloqués, cachés, voilés, inaccessibles. C’est précisément parce que ce sont vos « points aveugles » que vous ne le voyez pas… par définition ! Donc vous ne devez en aucun cas vous forcer à avoir une pensée ou une émotion en particulier. Encore une fois, c’est très difficile, mais contentez-vous d’être simplement assis. C’est tout. 

Maintenant que vous êtes assis, sans chercher à vous relaxer, mais sans chercher à penser spécifiquement non plus, laissez simplement dérouler le fil de vos pensées. 

Autrement dit, laissez vos pensées se dérouler librement. Si vous pensez « putain ! je me fais chier là ! », eh bien, pensez-le. Vous pensez à ce que vous allez cuisiner ce soir ? Pensez-le. Vous pensez à demain ? Pensez-y. Quoi que vous pensiez à ce moment-là, pensez-le, et suivez le fil de vos pensées. Contentez-vous de fixer votre attention sur ce à quoi vous pensez en ce moment, sans chercher à orienter d’une quelconque manière ce qui vous passe par la tête. Ne jugez pas ce que vous pensez. Les pensées qui passent ne sont ni « bien », ni « mal ». Ne collez pas d’étiquettes. Juste, observez les pensées. Vos pensées sont comme un film qui est projeté sur un écran de cinéma. Vous (c’est-à-dire le vrai vous), vous êtes l’écran. Si vous pensez par exemple à de l’eau, l’image de « l’eau » est projetée sur l’écran, mais l’écran n’est pas mouillé. Si vous pensez à du feu, l’image du « feu » est projetée sur l’écran, mais l’écran ne se réchauffe pas. Vous êtes l’écran, et vous restez le même quel que soit l’image qui est projetée sur vous. 

Vous réalisez ainsi que vous n’êtes pas vos pensées, mais que vos pensées naissent, se maintiennent, et disparaissent, dans votre esprit. Pour utiliser une métaphore différente de l’écran de cinéma, dites-vous que vous êtes le ciel, entendu comme l’espace au-dessus. Il y a tantôt un grand soleil dans le ciel, il y a tantôt quelques nuages, il y a tantôt une formidable tempête infernale. Dans tous les cas, les nuages passent, le soleil est couvert ou découvert, la tempête se forme et s’éloigne : l’espace (le ciel) qui contient tout ceci n’est pas affecté par ce qui est passé au travers. Vous êtes l’espace. 

Maintenant, réalisez (sans vous identifier) que certaines pensées sont accompagnées d’une émotion, et que d’autres pensées ne sont pas accompagnées d’émotions. Ce sont des pensées neutres. Les pensées qui ne sont pas neutres, c’est-à-dire qui sont accompagnées d’émotions, sont parfois accompagnées par des émotions positives ou par des émotions négatives. Là encore, ne vous identifiez pas avec les émotions qui accompagnent les pensées. Contentez-vous de les observer. Lorsque vous observez une pensée neutre, c’est-à-dire une pensée qui ne déclenche aucune émotion dans votre corps, laissez-la passer. Lorsque vous observez une pensée qui déclenche une émotion positive dans votre corps, laissez-la également passer. Mais lorsque vous observez une pensée qui déclenche une émotion négative dans votre corps, c’est le moment de vous concentrer spécifiquement sur cette pensée. Encore une fois, peu importe la pensée en question, et peu importe l’émotion (négative) qui accompagne cette pensée. Cela ne doit pas nécessairement être une « grande » pensée, ni une « grande » émotion (dans le sens « important »). Cela peut être une pensée « banale » accompagnée d’une très légère, voir insignifiante émotion négative. Ça peut être quelqu’un qui vous a bousculé quand vous preniez le bus ce matin. Ça peut être une simple remarque d’un collègue de travail que vous n’avez pas apprécié. Peu importe. C’est la pensée/émotion qui est apparu à ce moment-là, donc c’est celle que vous devez affronter. Les pensées sont des messagères. Elles sont les messagères de vos émotions. Ainsi, chaque pensée qui vous traverse l’esprit vous renvoie vers une émotion que vous ressentez. De même, toute pensée récurrente vous renvoie sans cesse vers une émotion que vous refoulez. Donc, si une pensée accompagnée d’une émotion négative apparaît, c’est là que le travail doit s’effectuer. 

Votre travail « actif » commence maintenant. Il vous suffit de concentrer toute votre attention sur l’émotion négative que vous ressentez et vers laquelle vos pensées vous ont conduit au départ. Ce faisant, il est extrêmement important de mettre de côté tout jugement et de simplement être présent de manière inconditionnelle avec cette émotion. De plus, vous devez rester concentré sur cette émotion aussi longtemps que nécessaire. Ressentez l’émotion. Ressentez-là pleinement. Tout ce que vous devez faire, c’est ressentir l’émotion sans la juger ou y penser ou la rationaliser. Si c’est de la colère, mettez-vous en colère. De la tristesse ? Soyez triste. De la peur, ressentez pleinement la peur. De la honte, sentez-vous pleinement honteux. De la culpabilité, sentez-vous totalement coupable. Continuez de ressentir l’émotion. Dans le même temps, si possible, essayez de « localiser » cette émotion dans votre corps. Où est-ce que cette émotion se tient « physiquement » ? Dans votre dos ? Votre cou ? Vos épaules ? Essayez de localiser l’émotion de la manière la plus précise possible. Continuez de ressentir l’émotion et de la localiser en même temps. Continuer de la ressentir jusqu’à ce qu’elle disparaisse d’elle-même. Mettez tout jugement et toute identification de côté. Ne vous demandez pas combien de temps vous devriez rester dans cette émotion. Restez-y simplement aussi longtemps que l’émotion l’exige, cela peut prendre 1 minute, 5, voire 20 minutes ; contentez-vous d’être présent sans condition à l’émotion.

Vos émotions ne sont pas des blocs monolithiques. Une émotion négative peut être composée d’un mélange d’émotion, ou pour être plus précis, de plusieurs « couches » d’émotions. La haine révèle de la colère. L’envie révèle du désir. L’angoisse (ou l’anxiété) révèle de la peur. Le regret révèle de la peine. Le désespoir révèle de l’apathie. Le reproche révèle de la culpabilité. L’humiliation révèle de la honte. Une émotion négative, aussi infime soit-elle en apparence, peut révéler derrière elle toute une cascade d’autres émotions négatives. Pour l’instant, quand vous avez identifié une émotion et que vous faites l’exercice de la ressentir pleinement (et de la localiser dans votre corps), épuisez pleinement cette émotion-là et n’essayez pas d’aller plus loin. Par exemple, vous ressentez une intense colère. Derrière cette colère, il y a peut-être un désir non-satisfait, un reproche, du chagrin et plusieurs regrets. Ne tentez pas de tout évacuer en une seule fois. Ressentez pleinement la colère. Soyez agressif, agité, irrité, fâché, hargneux, irascible, jusqu’à ce que la colère ait disparue. Vous reviendrez ensuite – lors d’une prochaine séance – à cette pensée qui a fait naître la colère, pour creuser ensuite plus profondément. Une émotion à la fois. Les traumatismes, les croyances, les désirs, les émotions et les pensées sont extrêmement complexes. Toute votre vie intérieure ne se résume pas à une seule émotion qu’il suffirait de lâcher pour vous sentir libre. La plupart du temps, il existe plusieurs couches d’émotions et différents niveaux d’intensité.

En pratiquant ces exercices, vous ressentirez de nombreuses émotions d’intensité variable. Faites attention à vous : cela peut parfois être très douloureux et que les émotions deviennent généralement très, très intenses dès que vous vous concentrez dessus. Je vous encourage ici à persévérer, à laisser la douleur remonter à la surface et à la ressentir dans sa plénitude et sa totalité. Les émotions négatives gardées trop longtemps au-dedans de vous peuvent ressurgir de façon très intense, avant de s’estomper « couche après couche », à mesure que vous pratiquez. Les premières couches peuvent vous subjuguer, soyez prêts à affronter cette vague. Ça va aller, ne vous inquiétez pas outre mesure : vos émotions contiennent précisément l’intensité que vous êtes capable d’endurer, ni plus, ni moins. Si vos émotions négatives semblent fortes, c’est parce que vous êtes fort. Si vos émotions négatives sont coriaces, c’est parce que vous êtes coriace. Vos émotions négatives ne sont rien de moins qu’un miroir. Sur la surface réfléchissante du miroir, il n’y a que vous, il n’y a toujours eu que vous. Vos émotions négatives sont du « sur-mesure » à l’atome près : vous êtes très exactement de la taille correspondante pour y faire face. Aucune lutte n’est plus loyale, équilibrée et parfaite que la lutte contre vous-même. C’est pourquoi vous allez y arriver. Attention, vous n’y arriverez pas en une seule fois. Vous êtes un être unique et complexe, constitué d’un enchevêtrement incroyablement subtil de pensées et d’émotions. Vous allez devoir effectuer de multiples séances pour vous libérer, et tel Dante, vous allez devoir parcourir l’enfer (plus spécifiquement, votre Enfer) centimètre par centimètre, et peut-être même que vous devrez avancer millimètre par millimètre, sur un chemin qui vous semblera incroyablement long, même infini. Vous devez de toute façon affronter vos démons un jour ou l’autre, et d’une manière ou d’une autre. Je vous ai raconté dans mon précédent article la façon dont j’ai moi-même soigneusement éviter de le faire… jusqu’à ce que des circonstances m’obligent à effectuer moi-même ce travail. Ne commettez pas la même erreur que moi. Je vous invite à prendre exemple sur l’homme lâche que je suis, et je vous invite à avoir le courage que je n’ai pas eu. 

Maintenant, j’effectue chaque jour ou presque ce type d’exercice. Bien évidemment, je déteste ça au plus haut point, et quand j’ai l’impression que – ENFIN ! – j’ai progressé… je découvre tristement qu’il y avait encore une pensée/émotion qui se cachait derrière celle que je viens tout juste d’affronter. Toutefois, je ne dirais pas que ce processus est « sans fond ». Cela fait environ une quarantaine de jour que je m’astreins à cette pratique, et je ressens que peu à peu, je deviens plus « léger » intérieurement, plus serein. Bien sûr, il y a des jours « avec » et il y a des jours « sans ». Je suis tantôt très confiant, tantôt effondré. Mais jour après jour, cela va mieux, et je suis au final assez content de m’être tourné vers ce « nettoyage » intérieur. Je vous invite ainsi à essayer, à me dire ce que cela donne pour vous.