« Il est difficile, pour toute créature, d’accéder à la condition humaine et, en particulier, d’obtenir un corps masculin ; plus difficile, de naître dans la caste des brahmanes ; plus encore, de prendre avec dévotion le sentier de la religion védique, toujours plus, d’acquérir la parfaite connaissance des écritures sacrées.
Celui qui s’est élevé, d’une manière ou d’une autre, jusqu’à la condition humaine, qui a reçu en partage un corps masculin, qui a saisi par surcroit le sens des Védas, et qui, cependant, est assez stupide pour ne pas se consacrer entièrement à son émancipation, celui-là commet un crime envers lui-même, en poursuivant des fins illusoires, il consomme sa propre perte ».
Viveka-cūdā-mani (1-4).
Chers lecteurs, chers amis,
Je suis heureux de vous retrouver enfin. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écris d’article de fond. Ces dernières semaines, j’ai traversé une période extrêmement difficile de ma vie, et je n’étais pas en état d’assurer la mise à jour de mon blog. Je vous prie de m’en excuser. Dans cet article, qui sera probablement long, je vais vous raconter ce qui s’est passé (et ce qui se passe encore), ce qui m’est arrivé. Vous vous interrogez peut-être sur l’utilité de lire un article autobiographique, mais restez jusqu’à la fin, car je souhaite que mon expérience puisse vous aider vous aussi, au cas où vous traverseriez également des temps difficiles dans cette quête masculine éternelle qui est celle de la Libération. Je souhaite en effet que cet article soit une occasion pour vous de lire un témoignage.
Je commence par vous livrer quelques éléments de contexte. Chaque homme est un peu « autiste » à sa manière, dans le sens où nous avons tous un intérêt excessif, presque une obsession, pour quelque chose. En ce qui me concerne, j’ai toujours été fasciné par le sexe et la sexualité, mais pas seulement au sens vulgaire et « commun » de l’acte en lui-même, mais aussi de son aspect « énergétique », « ésotérique », et de toutes ses manifestations métaphysiques. Ce dont je parle n’a pas de termes spécifiques en français, mais le phénomène est ancien, et connu dans de nombreuses civilisations : la « Kuṇḍalinī » dans l’Hindouisme, « l’Ojas » (« force, énergie, puissance ») dans le Yoga, le « jing » (« l’essence de vie ») dans le Taoïsme, etc… Ces notions ne se recoupent pas (forcément) et l’objet de cet article n’est pas ici d’élaborer une étude savante de métaphysique comparée entre différentes traditions. Mon propos consiste seulement à dire que je me passionne pour ce que je décrirai ici comme « l’énergie sexuelle » faut d’un meilleur terme. (Retenez ici que « l’énergie sexuelle » n’est pas la même chose que « l’acte sexuel » : une personne chaste, un homme célibataire, un même un jeune adolescent puceau, disposent d’une telle énergie).
Ainsi, dans la poursuite de ce « hobby » inhabituel, j’étudie, je me cultive, je pratique, dans tout ce qui touche à ce domaine des connaissances, depuis des années. C’est là que réside mon autisme : parcourir divers textes anciens issus du shivaïsme du Cachemire, du tantrisme et du bouddhisme, qui n’intéressent personne, et effectuer véritablement ce qui est dit dans ces écrits. (Tenir telle position de Yoga pendant telle durée, et respirer exactement pendant telle durée de telle façon, en fixant le mental et l’imagination sur ceci ou cela, et tant d’autres exercices, etc…).
Et voilà qu’au mois de mai, j’ai décidé de prendre une vingtaine de jours de congés aux alentours de mon anniversaire (je suis né fin-mai) afin de me reposer et de m’adonner notamment à mes activités favorites. A ce moment-là, je n’avais aucun problème d’aucune sorte, et l’optimisme serein de celui qui aime son quotidien et qui sait qu’il partira en vacances au mois d’août. J’étais dans les derniers jours de mes 36 ans. Confiant. Calme. Certain. Rien ne pouvait m’arriver…
Je poursuivais ainsi de manière imperturbable et tranquille ma routine et ma vie, avec exercices de Yoga, de respiration et de méditation. Mais pendant une nuit, en un instant, j’ai eu soudain mes pires souvenirs et pensées négatives qui sont « remontés » et qui m’ont attaqué. J’ai instantanément compris que quelque chose, une pensée, ou plutôt, une série de pensées, était apparu en moi, que je cachais profondément en moi-même depuis plus d’une décennie. La meilleure manière de décrire cela, c’était comme la « réactivation » de plusieurs souvenirs enfouis très profondément « au-dedans », d’évènements stressants survenus dans le passé, de réactions émotionnelles que je croyais totalement disparues et oubliées. Une grande agitation s’en est suivi, avec une incapacité de m’endormir et une insomnie comme j’en ai rarement connue. Dans les premiers jours qui ont suivi cette fameuse nuit, ça n’a fait qu’empirer : des « flashs » d’évènements traumatiques passés me revenaient soudainement à la mémoire, des évènements que je pensais pourtant comme oubliés depuis une éternité ! A ces souvenirs qui réapparaissaient, s’ajoutaient également les émotions attachées à ces souvenirs… et comment vous décrire cela avec toute la précision nécessaire, mes amis ? C’était comme un « voyage dans le temps », dans le sens où ces souvenirs et les émotions qui y étaient attachés, je les revivais littéralement comme s’ils avaient eu lieu hier, comme s’ils avaient lieu il y a une heure, comme s’ils avaient eu lieu il y a une seconde. Je revivais une deuxième fois tous les évènements que j’avais bien pris soin d’enfouir au plus profond de moi. Imaginez que toute votre « ombre », vos « égouts intérieurs », tout ce que vous vous cachez à vous-même (consciemment ou non) remonte et réapparaisse de manière soudaine et brutale. Ce sont ici des pensées oubliées qui sont réapparues.
J’ai ainsi « attrapé » une série de pensées très intensément noires. Ce que je veux dire par là, c’est que nous ne « pensons » pas véritablement nos pensées. En réalité, les pensées (peu importe lesquelles) « arrivent » dans notre esprit, et nous en sommes les témoins. On dit souvent « j’ai pensé que … », etc. Mais en fait, nous devrions dire plutôt « j’ai capté un pensée » ou une pensée « est arrivée en moi » ou « m’est arrivée ». Les pensées existent indépendamment de nous, et notre cerveau/esprit est plutôt comme une « radio », en quelque sorte, qui capte telle ou telle pensée, comme la radio capte telle ou telle fréquences. L’esprit ne produit pas les pensées, il n’en est pas l’origine. Croire que vos pensées naissent « dans » votre cerveau, et que vous les avez « à l’intérieur » de votre esprit est une idée fausse. C’est une erreur de perception qui produit l’illusion de la séparation et nous maintient dans le saṃsāra (le cycle des naissances et des morts). J’ai donc commencé à ce moment-là à m’identifier avec les pensées et les émotions qui avaient surgit en moi. Oubliant ce que je viens de dire, à savoir que nous ne produisons pas nos pensées, j’ai identifié ces pensées avec mon « manas » (le mental) et perdu le contact avec « buddhi » (l’esprit). Ces pensées, émotions et traumas du passé ont continué à occuper tout mon espace mental jusqu’à constituer presque 100% de ce à quoi je pensais. Je n’arrivais pas à m’en détacher. Je n’arrivais plus à ne pas y penser. Tout ce que j’avais enfoui dans mon inconscient remontais jusqu’à l’étage conscient, sans que je puisse faire quoi que ce soit d’autre. Et c’était d’une telle intensité que je me suis senti très mal, j’ai abondamment pleuré, plusieurs fois par jours tous les jours. Des idées suicidaires sont apparues dans un coin de mon esprit (Mais Dieu merci, il me restait assez de force mentale pour ne pas entretenir celles-là en particulier. La plus grosse idée noire possible – l’idée persistante que la seule manière de ne plus ressentir cette douleur étant « d’en finir » – j’ai réussi à la tenir à distance. Même si « ce n’est passé loin » pour être tout à fait honnête). J’ai traversé ainsi une grande période de solitude, de tristesse, de chagrin, de dépression, de crises de larmes inattendues, un sentiment de vide et d’inutilité. Et ceci n’est que l’aspect « intérieur ».
Dans l’aspect extérieur, il y a eu également de nombreuses manifestations désagréables. Une douleur persistante au niveau du cœur, de la poitrine, et des bras. Une « tension », vous savez, comme quand vous avez « le cœur serré ». Un chagrin d’amour. Le chagrin d’amour le plus complet, total, absolu, radical, profond, puissant, insondable, perçant, violent, qu’un homme puisse endurer, je l’ai enduré. A chaque seconde, instant après instant, pendant des jours, une douleur et le sentiment de perte le plus insondable que l’esprit puisse concevoir.
Je ne vais pas vous raconter en détail la nature de ces traumas, souvenirs, ou émotions, mais seulement quelques éléments généraux. Ce sont surtout des souvenirs d’une rupture amoureuse particulièrement douloureuse (et j’insiste sur le « particulièrement ») qui me sont réapparus. C’est la rupture qui m’a le plus brisé en tant qu’homme. Ce sont ces souvenirs-là qui me sont le plus revenus et que j’ai revécu une deuxième fois. J’ai repensé à tout ce que j’ai fait, à ce qu’elle a fait, à ce que j’ai dit, à ce qu’elle m’a dit, à ce que j’aurai pu (ou dû) faire, mais que je n’ai pas fait. J’ai dû repasser par tout cela pour « purger » ces émotions. Et cette fois, contrairement à la « première rupture » en quelque sorte, j’ai décidé de ressentir ce que j’aurai dû ressentir, au lieu d’enfouir mes émotions. A croire que mon corps avait conservé le trauma « au frais » et attendait le bon moment pour me le repasser en mémoire. Il s’avère que ce à quoi on refuse de faire face finisse toujours par nous revenir dessus, jusqu’à ce qu’on accepte la « leçon » que la vie voulait nous enseigner à ce moment-là.
Il n’y a pas de hasard dans la vie, et c’est pourquoi je suis tombé, au même moment que je vivais ces émotions, sur un passage de « l’ésotérisme de Dante », dans lequel René Guénon évoque spécifiquement le « passage aux enfers » que toute personne doit traverser à certains moments de l’existence. Et plus spécifiquement le caractère « obligatoire » du passage en « enfer » pour celui qui veut progresser. Dans cette perspective (de la Divine Comédie), les « Cieux » sont les états supérieurs de l’être et les Enfers, sont les états inférieurs (jusqu’ici c’est évident). Alors pourquoi un voyage vers les « Cieux » doit être précédée d’une descente aux Enfers ? Guénon indique que la descente aux enfers est une « récapitulation des états qui précèdent », lesquels doivent participer à la « transformation » qui va s’accomplir. C’est-à-dire parcourir à nouveau le « chemin déjà accompli » afin d’en « épuiser toutes les possibilités ». Cela permet de rendre possible la réalisation des état supérieurs (les « Cieux »). Il n’est bien sûr pas possible de « revivre » directement et effectivement ce qui a déjà été vécu, mais seulement d’explorer indirectement les états antérieurs, afin de prendre conscience des traces que ces états antérieurs « infernaux » ont laissés dans les régions les plus obscures de nous-mêmes. Tandis que certains « traumas » ressurgissaient actuellement en moi et que je les ressentais intérieurement comme s’ils avaient eu lieu hier (littéralement ! Alors qu’ils ont lieu il y a plus d’une décennie !), ces écrits de Guénon raisonnaient particulièrement en moi à ce moment. En homme lâche et faible, j’avais enfoui ce « trauma » en question pendant des années, croyant avoir gagné la bataille très (trop) facilement. Mais il semble que l’univers me force à regarder là où je ne souhaite justement pas voir. Car je n’ai visiblement pas le choix : je dois « purger » les états antérieurs juste avant de commencer ma trente-septième année. Pourquoi cela m’arrive à cet âge-là et pas un autre ? Je l’ignore. Je crois que ce n’est pas important : chacun de nous suis son propre rythme, dans sa propre vie, avec ses propres épreuves. Il est hors-sujet de comparer une existence à une autre. Il se trouve que cela m’arrive maintenant. A vous, c’est peut-être déjà arrivé, ou cela vous arrivera.
Sur le plan énergétique/sexuel, j’ai réalisé, avec quelques semaines de recul, que cela faisait en réalité plusieurs années que je pratiquai imparfaitement (et dans certains aspects, que je pratiquai même très mal) les exercices auxquels je m’adonnais. En fait, j’aurais pu voir arriver d’avance ce qui m’est arrivé, car je jouai avec le feu, et je me mentais à moi-même depuis plusieurs mois. Pour dire les choses de manière un peu plus claire, disons que j’essayais de faire à la fois une chose et son contraire, c’est-à-dire d’avoir une certaine discipline sexuelle et des pratiques sexuelles. En réalité, pour un bon développement de l’énergie sexuelle, il faut être un homme parfaitement chaste, pur et célibataire. Ce que je ne faisais pas. Je pensais avoir trompé l’univers en ayant à la fois des pratiques de transmutation/conservation de l’énergie sexuelle… et « en même temps » une activité sexuelle. Or, cette énergie-là ne peut pas à la fois être utilisée « par le haut » (transmutation) et « par le bas » (acte sexuel). Et pour être honnête, ça fait depuis mars 2025 que je m’amusais à jouer sur les deux tableaux… J’ai cru (sincèrement) que je pouvais encore continuer ainsi toute ma vie, jusqu’à ma mort, sans rien faire d’autre, et que j’avais ainsi « réussi » et accompli mon objectif. L’Univers (Dieu) s’est chargé de me remettre à ma place, et je vous prie de croire que quand il fait ce genre de chose, il le fait très sérieusement.
La douleur mentale, émotionnelle et physique étant trop intense, j’ai finalement opté pour une solution de « destruction contrôlée », afin de purger les énergies en moi qui étaient trop déséquilibrées. Ainsi, voilà maintenant 8 semaines environ que : je ne fais plus de sport ni de musculation ; j’ai presque arrêté de manger (je ne mange plus, ou très très peu, et je suis descendu à 58 kilos pour 1,82m, je suis devenu tout maigre) ; je fume considérablement plus de cigarette qu’auparavant (ce qui coupe l’appétit) ; je me masturbe en regardant de la pornographie. J’ai conscience que, dit comme cela, cela peut paraître un peu brutal et hors de propos, mais c’est une pratique nécessaire. La masturbation épuise le corps et l’énergie sexuelle (par l’éjaculation, qui fait perdre une très grande quantité de nutriments, d’acides aminés, de zinc, de minéraux, et de testostérone) et épuise le cerveau (le contenu porno est un « super-stimulant » qui engendre un « pic » puis un énorme « crash » de dopamine dans le cerveau, suivi d’une production de prolactine constante). La masturbation et la pornographie m’aident ainsi à détruire complètement le corps et l’esprit par des activités de très basses vibrations énergétiques. Par la combinaison de toutes ces activités, je perds du muscle, de la testostérone, de l’énergie, jusqu’à épuisement complet ou presque. J’ai pensé à ajouter à cela une grande consommation d’alcool, mais je me suis dit qu’il ne fallait pas non plus jouer les extrémistes, et que le but était une « destruction contrôlée » et non pas une destruction totale. Je ne bois donc que de l’eau. L’objectif de ces mesures consiste à « purger » le corps de son trop plein d’énergie sexuelle non-maitrisée : j’appelle cela « bruler l’Ojas ». Et figurez-vous que, très bizarrement, depuis environ les 2 dernières semaines, je me sens assez bien. Enfin, pour être exact : je me sens toujours aussi mal. Sauf que cette fois, je me sens mal parce que j’ai tout fait pour abaisser ma vibration dans les trois chakras inférieurs (sexe, bassin, nombril) afin de me placer dans un état inférieur, alors qu’avant, je me sentais mal parce que j’avais un déséquilibre des énergies un peu partout dans le corps. Au moins, maintenant, je peux repartir sur des bases saines (ou devrais-je dire, sur des « bases malsaines » en quelque sorte, mais vous m’avez compris).
Je vais reprendre doucement certains exercices, avec plus de sérieux que ces derniers mois. Je vais me remettre au sport et prendre du muscle, manger viande, poisson, œufs, fruits & légumes, diviser par trois ma consommation de tabac, recommencer un cycle de rétention séminale, recommencer à ne plus regarder de contenu pornographique, et cette fois, contrairement aux fois précédentes : m’en tenir à un pur, total, absolu, célibat (plus jamais de relations sexuelles occasionnelles) ; méditer de manière plus présente et plus consciente, et faire moins d’exercices de yoga et de respiration (mais les faire mieux). J’ai ajouté à mes habitudes des exercices de « Trauma Releasing Exercises » (exercices de libération de stress/tensions/traumas qui passent par le mécanisme naturel des tremblements « neurogéniques »). Et quand les traumas remontent, je m’astreins à ne rien faire, assis dans mon fauteuil, à fixer le mur, ressentir l’intensité de la négativité qui me submerge. Aucune distraction. Faire face à ses démons, rien d’autre.
Je repense aussi énormément à mes relations passées, que cela soit avec celle dont je vous ai parlé plus haut, qui a été si dévastatrice pour moi, comme à d’autres. Pourquoi y repenser maintenant ? A ce sujet, j’ai lu une citation d’Eckhart Tolle sur laquelle j’ai souvent médité ces derniers jours : « You forgive Yourself by realizing that nobody can act beyond their level of consciousness » (« On se pardonne en réalisant que personne ne peut agir au-delà de son niveau de conscience »). Comme je l’ai dit, j’ai repensé intensément à tout ce que j’aurai pu faire ou dire et que je n’ai, ni fait, ni dis. En repensant au passé avec une nouvelle perspective, je réalise à quel point j’ai pu me montrer d’une extrême brutalité dans mes relations passées. J’ai souffert, et comme tous ceux qui souffrent, j’ai fait souffrir à mon tour. Je le regrette, mais je me dis également qu’à ces moments-là, je n’aurai pas pu agir différemment parce que j’ai agi conformément à mon niveau de conscience de l’époque. De même, je réalise à quel point j’ai pu rencontrer des femmes qui ont été d’une extrême cruauté et méchanceté à mon égard. Mais pour revenir sur cette rupture qui m’a tant dévasté notamment, de ce point de vue aussi, je me dis désormais qu’elle n’aurait pas pu agir différemment parce qu’elle avait agi conformément à son niveau de conscience de l’époque.
Et c’est en cela que toute cette aventure est paradoxalement intéressante à vivre (je ne dis pas qu’elle est plaisante à expérimenter, mais qu’elle génère en tout cas de nombreuses nouvelles perspectives). Il ne sert à rien de se tourmenter à propos du passé, mais il peut être intéressant de revisiter ou revivre des traumas du passé avec un nouveau niveau de conscience. Comme je l’ai dit plus haut en citant René Guénon et son analyse de l’œuvre de Dante, la descente aux enfers est une « récapitulation des états qui précèdent », lesquels doivent participer à la transformation qui va s’accomplir. C’est-à-dire parcourir à nouveau le « chemin déjà accompli » afin d’en « épuiser toutes les possibilités ». Cela permet de rendre possible la réalisation des état supérieurs (les « Cieux »). Peut-être que ce qui m’est arrivé est une bonne chose. Je n’en suis pas encore certain. Je traverse encore parfois des moments de dépression avancé, mais de moins en moins fréquemment. J’ai réalisé que je faisais semblant de maitriser la Kuṇḍalinī, et qu’en réalité je ne la maitrisais pas encore. J’ai réalisé qu’on ne peut maitriser l’énergie sexuelle que jusqu’à un certain point, et qu’on ne peut passer ce point sans affronter toutes ses pensées, émotions ou traumas passé.
J’ai réalisé également que les relations hommes-femmes ne reposent finalement pas autant dans les « éléments extérieurs » (marché sexuel, conditions économico-sociales, hypergamie, etc…) que je l’aurai cru, mais qu’il y a également de nombreux éléments intérieurs – à commencer par les niveaux de conscience des uns et des autres – dont il faut tenir compte. Cela m’amène à repenser sous un angle nouveau tout ce que j’ai pu penser, croire ou faire ces 10 dernières années vis-à-vis de la RedPill ou du Masculinisme. Les femmes ont aussi également très peur, et souffrent beaucoup, mais pas forcément de la manière dont nous autres, hommes, souffrons. Ceci n’est certes pas la découverte du siècle, et je ne dis pas que je l’ignorais. Disons que je le savais mais que je n’en avais pas grand-chose à foutre, trop concentré que j’étais sur mes propres douleurs et ma propre perspective (que celui qui n’a jamais d’abord pensé à lui-même me fasse un procès). Aujourd’hui, cela m’intéresse davantage. J’ai l’impression d’avoir parcouru la totalité d’un cercle et d’être revenu au point de départ, mais en étant transformé. En effet, je pense pouvoir dire avec un degré de certitude élevé que peu d’hommes sont allés aussi loin que moi dans la RedPill et même la BlackPill. Et au bout de cet interminable parcours de plus de 15 ans (!), voilà que je (re)découvre qu’au fond, j’ai toujours été un romantique, un passionné, un homme amoureux. Pour tout vous dire, même du haut de mes 37 ans, je suis toujours resté intérieurement un adolescent sur le plan émotionnel et sentimental, dans le sens où je considère que tout amour, toute relation, doit être vécue avec l’intensité du « premier amour », ou ne doit pas être vécu du tout. Il y a cet adage selon lequel « si vous ne croyez plus en l’amour, alors votre Ex a gagné ». Eh bien, pour la première fois depuis 2011-2012, il y a quelque chose en moi qui s’est « réveillé » et qui me pousse de nouveau à croire en quelque chose que j’avais littéralement oblitéré de mon existence : l’Amour. Maintenant, j’ai le désir de recommencer à cultiver mon énergie sexuelle de manière saine (et qui sait, de l’enseigner un jour ?), mais aussi de redonner espoir et amour à tous les hommes et femmes qui souffrent, chacun à leur manière, dans ce marché sexuel moderne qui est cause de tant de douleur, d’amertume et de ressentiment, tant chez les jeunes hommes sensibles que les jeunes femmes perdues.