L’être crée la vie. Les états intérieurs et les circonstances extérieures sont les deux faces d’une seule et même réalité. Tu es seul responsable de tous les évènements de ta vie, seul responsable de chacune de tes souffrances, de chacun de tes malheurs. Tu es coupable !
Tu dois te racheter entièrement. Alléger ton être demandera beaucoup de travail, cela exige l’abandon de tout ce que les gens disent. Ils nous ont sensibilisé à l’état de victime ; ils nous ont appris à entrer dans le malheur, la misère et la maladie. Nous avons appris d’eux milles façons de mourir.
Depuis l’aube de la civilisation, par une sorte de contagion générationnelle, des millions d’hommes en proie à l’hypnose ont appris à croire aveuglément à leur pauvreté et à leurs limites. Alors pourquoi ne pas rechercher la démesure ? L’absence de limite ? Parce que l’homme est irrémédiablement hypnotisé. Derrière chacune de ses mésaventures se cache le plus grand de tous les maux : sa certitude indestructible de l’inévitabilité de la mort. Le premier pas vers la liberté de l’homme, et le plus difficile, consiste à réaliser que cette peur tyrannise toute sa vie.
Ton passé est un châtiment de Dieu ! Il faut le racheter ! Il te faut le changer. Oui ! Changer le passé ! Il y a encore trop de trous dans ton passé. Des comptes en suspens, des dettes affectives jamais remboursées, des sentiments de culpabilité, une vocation de victime, et surtout des recoins sombres, rouillés, poussiéreux. Tu es un magasin mal géré, tes prix sont fixés au hasard ; ce qui a de la valeur est vendu à rabais, et la camelote coûte trop cher. Poursuivre dans cette direction mène tout droit à la faillite !
Mais comment est-il possible de modifier le passé ? De changer des situations et des évènements qui ont déjà eu lieu ? Il existe un lieu où les pensées, les sensations, les émotions, les actions et les évènements sont gravés à jamais, et il est possible, même des années après, de les retrouver tels des objets stockés au grenier, apparemment inanimés et impuissants. En réalité, ils continuent d’agir et de conditionner toute notre existence. C’est là que tu dois retourner ! Mais ce retour ne peut pas avoir lieu sans une longue préparation. Une préparation aussi longue que ta mauvaise gestion.
Pour conquérir cet état intérieur particulier fait de liberté, de connaissance, de pouvoir, il faut de nombreuses années de travail sur soi. Il faut se pardonner soi-même. Ce pardon intérieur n’est pas l’examen de conscience d’un saint, mais bien l’agir véritable d’un homme d’action, le résultat d’un long processus d’intention, d’observation de soi. Cela signifie entrer dans les replis de ta propre existence, justement là où elle est encore en lambeaux. Cela signifie nettoyer et guérir les blessures non cicatrisées, acquitter tous les comptes en suspens.
Le pardon intérieur a le pouvoir de transformer le passé et toute sa pacotille ! Tout est ici, tout est maintenant ! À chaque instant de la vie d’un homme, le passé et le futur agissent simultanément. Le passé et l’avenir ne sont pas des univers distincts, mais des mondes connexes et inséparables, une seule et même réalité. Le pardon intérieur est une machine à voyager dans le temps qui nous donne accès à un passé absent de notre conception ordinaire de la vie et à un futur encore à venir.
Comme le passé, le futur est devant tes yeux, mais tu ne peux pas le voir encore. Il y a un « temps vertical », un corps-temps qui condense le passé et l’avenir en un seul instant, un « temps intemporel » auquel cet instant unique donne accès. Le secret consiste à éviter toute distraction, à ne jamais s’en détacher. L’accès à ce corps-temps nous rend capable de transformer le passé et de nous façonner un nouveau destin.
Pour pouvoir entrer dans ton passé et le guérir, il faut une longue préparation. Le pardon intérieur est un retour sur soi, la raison d’être de notre naissance. Les hommes ne devraient jamais interrompre ce processus de guérison. Cette guérison demande d’immenses efforts, et, avant tout, un long travail d’observation de soi-même.
S’observer soi-même, c’est s’auto-régénérer, se guérir, s’aimer.
Un homme peut guérir n’importe quel aspect de son passé s’il peut s’observer lui-même. La condition de l’homme n’est que le résultat de son inaptitude à se connaître, et surtout, à s’observer. S’observer soi-même, c’est regarder ta propre vie d’en haut ! C’est éclairer d’un rayon de soleil tes relations, les évènements et les circonstances de ta vie.
La condition sine qua non de l’observation de soi est l’impartialité, l’absence d’autocensure. S’observer soi-même consiste à faire défiler sa vie non pas devant une cour de justice, mais sous l’analyse d’une intelligence objective, devant un témoin neutre qui se contente d’examiner ce qu’il voit en se retenant rigoureusement d’émettre un quelconque jugement de valeur ou de formuler des critiques. L’observation de soi est une guérison, une conséquence naturelle du détachement qui se crée entre l’observateur et le sujet observé.
L’observation de soi permet à l’homme de percevoir tout ce qui l’attache aux différents réflexes de la société : les pensées révolues, les sentiments de culpabilité, les préjugés, les émotions négatives, les prophéties de catastrophe… l’observation de soi détache, dés-hypnotise, réveille.
La plus infime suspension de l’action hypnotisante de la société effriterait tout ce en quoi l’homme a cru, romprait son prétendu équilibre et dynamiterait les certitudes illusoires qu’il a amassées durant sa vie.
C’est pour cette raison que la majorité des hommes ne pourra jamais pratiquer l’observation de soi. S’écarter ne serait-ce qu’une minute de notre vision convenue du monde est un exercice qui excède les limites ordinaires de l’humain.
Tu dois mettre ton observateur intérieur au travail !
En t’observant toi-même, tu entraînes la mort des pensées et des émotions négatives qui guident ta vie depuis toujours. Si tu t’observes de l’intérieur, ce qui est juste commence à se produire et ce qui ne l’est pas commence à se dissoudre.
Il faut prendre pour exemple la pleine lune. Un homme ne peut en voir plus de mille dans sa vie, mais il est vraisemblable que, parvenu à la fin de ses jours, il n’aura même pas eu le temps d’en admirer une seule. Pourtant, la lune fait partie du monde extérieur. On imagine alors combien l’homme trouve difficile de regarder en lui-même, de renverser son attention.
L’observation de soi n’est que le début de l’âge d’or.
Le passé d’un homme ordinaire, d’un homme qui n’a pas encore fait le premier pas vers l’unité de l’être, est plein de mains crochues qui essaient de le retenir chaque fois qu’il tente d’y entrer pour le transformer.
La peur, la souffrance et l’angoisse ne sont pas l’effet, mais la cause profonde de toutes tes détresses. Le chaos qui habite en tout homme, son enfer, se projette dans le monde extérieur et se matérialise dans la vengeance, la discrimination, les conflits entre races, idéologies, croyances et religions.
Tu ne souffres pas parce que tu as dû vivre une expérience funeste et douloureuse, mais tu as vécu cette expérience parce que tu as décidé que la souffrance était ton état naturel.
Si tu observes ce que tu fus, tu peux constater que tu aimes souffrir ! Tu aurais beau jurer le contraire, en réalité tu ne quitteras pas ton enfer pour tout l’or du monde. En te repaissant de cet état, tu t’agrippes au monde extérieur, tu éprouves un sentiment de sécurité. Même dans ton affliction, tu te berces d’illusion et tu crois qu’un secours te viendra du dehors. En réalité, tu aimes être une victime ! Tu adores ça !
Si seulement tu pouvais faire un examen de conscience, si seulement tu pouvais changer une seule parcelle de ton attitude, de tes réactions… si tu parvenais à élever, ne serait-ce que d’un millimètre, une seule de tes pensées, une seule de tes émotions, toute ta vie en serait transformée !
Un homme ne peut pas changer les évènements de sa vie, mais seulement sa façon d’y réagir.
Mais ne peut-on pas transformer le passé ? Ce que tu vois en regardant derrière toi, tous ces fragments d’existence que tu souhaites transformer, ce n’est pas ton passé. C’est ton avenir ! Tout, dans ta vie, se répète. Les évènements — toujours les mêmes — se reproduisent parce que tu refuses de changer. Tu es toujours en train de te plaindre, tu blâmes encore les autres, tu es persuadé que quelqu’un du dehors te nuit ou est la cause de tes malheurs.
L’homme ordinaire, prisonnier de la circularité du temps, n’a pas un véritable avenir, mais seulement un passé qui revient et revient et revient encore.
Un jour, quand tu seras devenu responsable, tu constateras que ta vocation de victime n’est pas une conséquence, mais la source de toutes tes mésaventures, que toi seul es la cause de tout ceci. Seulement alors pourras-tu faire la lumière sur ton passé et le guérir.