L’Être se compose d’états et la vie, de faits. Notre existence suit donc simultanément deux voies : celle des évènements, soit la succession des circonstances qui viennent vers nous sur la courroie de transmission de l’espace-temps, et celle des états affectifs, c’est-à-dire les mouvements de l’esprit, les humeurs, les états d’âme qui se succèdent en nous, presque toujours à notre insu.
L’histoire d’un individu se compose donc horizontalement d’évènements, et verticalement d’états intérieurs. Mais, de façon générale, les gens pensent à leur vie et la racontent comme si elle n’était faite que de circonstances extérieures. En réalité, la nature des évènements qui se produisent dans le monde extérieur et, par conséquent, la qualité de la vie, dépendent de la qualité de la pensée et des états d’âme. La vie se compose ainsi de faits, mais encore plus d’états affectifs.
Par exemple, lorsque nous assistons à une conférence ou à une pièce de théâtre, nous pensons choisir nous-mêmes notre siège ; et chaque matin nous pensons choisir les vêtements que nous porterons. En réalité, ce n’est pas nous qui choisissons notre siège ou nos vêtements, mais nos états intérieurs.
Nous possédons tous dans notre garde-robe un costume ou une veste, une chemise ou un t-shirt que nous détestons et que nous ne portons jamais. Mais nous ne nous en séparons pas, car nous savons d’instinct qu’un jour ou l’autre notre état d’âme, notre humeur, notre niveau d’être lui correspondra. Quand cette humeur particulière nous habite, nous « choisissons » cette pièce de vêtement.
Le lien entre les états affectifs et les faits, entre ce qui nous arrive intérieurement et les circonstances extérieures, le rapport mystérieux qui existe entre la psychologie d’un homme et les évènements de sa vie est au cœur même de la notion de libre arbitre et de cette interrogation millénaire : le destin tient-il au hasard ou à la nécessité ?
Où qu’ils se croisent ou se côtoient, l’espace de quelques instants ou pendant plusieurs années, les hommes forment inévitablement une pyramide, ils se placent sur les différents barreaux d’une échelle invisible en respectant un ordre intérieur, mathématique, telle des planètes dont le rang hiérarchique dépend de leur luminosité, de leur orbite, de leur masse et de la distance qui les sépare du soleil.
À notre insu ou non, notre destin, la qualité de notre vie, les évènements qui nous touchent doivent respecter cette hiérarchie.
Notre éducation de base ne nous apprend pas à distinguer le dedans du dehors et elle ne nous prépare pas d’avantage à gérer nos pensées, à connaître nos émotions. Incapable de choix délibérés, la société ordinaire a relégué ses émotions, ses sensations et ses pensées à la sphère éphémère et impalpable du mythe, de la fable et du songe, jugeant que ce sont là des phénomènes distincts tout à fait étrangers à la réalité.
Entre les états humains et les faits, il n’y a en réalité ni avant ni après, aucune relation de cause à effet, mais un rapport absolu d’identité. Les états intime et les faits sont deux visages d’une même réalité sur les plans distincts de l’existence, les deux extrémités d’une même chose. Ce qui nous empêche de voir que les états intérieurs et les évènements sont une seule et même chose est le « facteur temps » qui les sépare et agit comme une espèce d’amortisseur. Entre la naissance d’un état d’âme et la survenue des circonstances extérieures qui lui correspondent, le temps passe et, tel un écran de fumée, nous empêche de voir que ces circonstances ne sont rien d’autre que la matérialisation dans l’espace-temps de nos états intérieurs. Nos pensées, nos émotions, nos sensations et tous nos autres états sont des invitations qu’à notre insu nous lançons aux évènements correspondants et qui attirent immanquablement ceux-ci. Plus précisément, nos états intérieurs sont déjà les évènements qui auront lieu un jour. Il leur suffit du moment opportun pour se manifester. Ils mettent plus ou moins de temps à se produire, ils ont lieu ici, ou ils ont lieu là, mais invariablement ils nous rattrapent.
En vérité, les états affectifs d’un homme sont des évènements qui attendent une occasion de se manifester et de devenir visible.
Le temps éloigne les états intérieurs des faits et masque leur identité. Le temps fait écran, les évènements se cachent et couvrent derrière ce rideau pour nous surprendre ensuite parce que nous avons oublié ou n’avons jamais su que nous les avions créés. Mais rien n’arrive à l’improviste.
L’imprévu à toujours besoin d’une longue préparation.
Rien ne peut arriver à l’homme, aucune circonstance ne peut se matérialiser et le toucher sans qu’elle n’ait d’abord, au su de celui-ci ou à son insu, traversé son être et sa psychologie. Tout est relié à nos émotions, à nos passions, à nos pensées, ces courroies de transmission entre le dedans et le dehors. Lorsque nous gérons nos émotions, nos pensées et tout ce que nous ressentons et vivons à un moment donné, autrement dit lorsque nous dominons nos états affectifs, nous sommes maîtres de notre vie et de notre destin.
On croit généralement que les évènements extérieurs conditionnent notre attitude et déterminent nos états d’esprit. Un fait se produit, nous faisons une rencontre ou nous apprenons une nouvelle, et nous croyons aussitôt que l’état psychologique qui s’empare alors de nous – irritation, anxiété ou surprise – est une conséquence de ce fait, de cette rencontre, de cette nouvelle. Tout comme il n’avait pas été possible, avant l’invention de la photographie, de décomposer avec exactitude le galop d’un cheval puisque le mouvement des sabots est plus rapide que l’œil, ainsi les pensées, les émotions, les perceptions, les sensations traversent plus vite que la lumière les mystérieuses forêts de nos neurones, si bien qu’il nous paraît impossible d’établir correctement leur progression par rapport aux évènements extérieurs. Quelque chose arrive, et nous pensons que l’état qui s’empare de nous est l’effet de cet évènement. Nous attribuons notre état psychologique aux circonstances alors que c’est exactement le contraire qui s’est produit. En réalité, ce sont nos états psychologiques qui annoncent et déterminent les circonstances de notre vie. Avec le temps, nos émotions négatives deviennent les adversités même que nous déplorons. Pour qu’il t’arrive quelque chose de bien ou quelque chose de mal, tu dois d’abord créer intérieurement les conditions de cette situation.
La plus grande illusion de l’homme est de croire qu’il peut changer les conditions extérieures de sa vie, qu’il peut transformer le monde. Nous ne pouvons que nous transformer nous-mêmes, intervenir sur nos attitudes, modifier nos réactions, ne pas exprimer nos émotions négatives.
L’univers est parfait tel qu’il est. Toi seul dois changer !
Nous croyons que le dynamisme et la bonne volonté d’un homme sont bien peu de choses quand on les compare aux circonstances de la vie qui nous semblent pour la plupart fortuites et funestes. Les évènements qui nous submergent sans répit sont apparemment trop disparates et chaotiques pour que nous puissions les prévoir, et trop au-dessus de nos forces pour que nous puissions les contrôler.
Ton travail consiste à voir que, derrière les évènements et derrière tes états intérieurs, il n’y a jamais que toi. Tout simplement. Sans d’abord un changement intérieur, il ne peut y avoir de solution.
Celui qui sait délibérément élever son être, fût-ce de manière infime, déplace des montagnes et est un géant dans le monde extérieur.
En intervenant sur la qualité de nos pensées, sur nos façons de ressentir, sur nos émotions négatives, en affamant certains de nos états intimes et en enrichissant les autres, nous modifions notre attitude et, par conséquent, notre rapport aux circonstances extérieures – autrement dit, notre façon de réagir – et nous modifions aussi la nature même des évènements qui se succèdent de jour en jour. Notre premier devoir consiste à nous observer nous-mêmes.
L’étude de tes pensées, de tes émotions, de tes attitudes, de tes réactions et de l’accueil que tu réserves aux circonstances, voilà ce qui t’aidera à constater que l’homme pense et ressent négativement.
L’homme semble désirer pour lui-même le bonheur, la prospérité et la santé, mais c’est faux.
S’il s’observait et se connaissait intérieurement, il entendrait le chant à peu près constant de sa négativité, l’invocation au malheur que sont ses préoccupations, ses perceptions malsaines, ses sentiments de catastrophe imminente probable ou improbable.
Mais comment intervient-on sur des états psychologiques, sur des états d’âme, des émotions et des façons de penser ? Tu songes seulement à quel point il est difficile de sortir d’une humeur massacrante.
L’énergie physique qui peut déplacer des montagnes ne peut rien contre une pensée, et encore moins contre une émotion.
La force capable d’orienter une pensée ou de dominer une émotion nous vient d’une énergie supérieure. Pour que cette force particulière s’accumule en nous, nous devons colmater toutes les brèches, empêcher les innombrables fuites qui nous privent de notre énergie tels les trous d’une passoire et qui consistent principalement dans l’expression de nos émotions négatives et de nos mauvaises habitudes.
Si un évènement se produit sans que tu le relies aux états intérieurs que tu as créés, tu as laissé filer une bonne occasion de t’élever à un plan supérieur.
Lorsqu’on s’y arrête, on voit bien que certains évènements de notre vie se répètent. On peut alors en définir plus clairement la nature si on les relie à des états d’esprit spécifiques.
Par exemple, voici une condition particulière que nous appellerons « être en retard ». « Être en retard » te met dans un état anxieux. Il faut donc que tu comprennes que cette condition extérieure correspond à une condition intérieure non simultanée. Une partie de ton être te connecte à ces circonstances extérieures. Pour les chasser de ta vie, tu n’as qu’une solution : changer la condition intérieure que tu appelles anxiété, peur ou préoccupation, mais qui, en réalité, n’est autre qu’une maladie de l’être, une peccabilité de l’être.
Ce genre d’évènement se reproduira d’une manière ou d’une autre tant que perdureront les conditions psychologiques qui l’ont créé. Mais à vrai dire, il peut devenir l’indice précurseur d’une guérison si nous parvenons à l’associer à l’état qui l’a engendré. Voir nos états d’esprit, leur être attentif signifie retourner la situation à notre avantage, renverser le processus et ramener l’évènement à l’état intérieur qui lui a donné naissance. Ce processus nous ouvre à la compréhension de l’être et à la possibilité concrète de transformer notre vie.
S’excuser, se justifier, blâmer les circonstances sans voir qu’elles proviennent de notre peccabilité, de nos états intérieurs et de notre façon de penser, de ressentir et de réagir signifie que nous n’avons pas compris ; et cette incompréhension entrainera forcément, d’une façon ou d’une autre, la répétition de ces circonstances. Le contexte variera, les évènements auront différents visages, et nous persisterons à les accuser de tous nos maux et à perdre l’occasion qu’ils nous offrent de nous débarrasser d’eux à jamais.
Tu avoues que tu es coupable de tout, tu assumes la responsabilité de ce qui t’arrive.
MEA CULPA : voilà le secret des secrets.
Nos états intérieurs font de nous des gagnants ou des perdants, des riches ou des pauvres, et ils peuvent nous rendre malade ou nous guérir. L’observation de soi est l’instrument qui nous aide à les connaître. Le seul fait de nous étudier, de s’auto-étudier, nous rend plus conscient, plus intelligent.